Journal de Dressage – Primum non nocere

Je n’aime pas la chaleur engorgée de ses membres, ni celle de ses pieds alors que l’air est sec et frais.
“En principe, il faut suivre les progrès des chevaux et non les précéder.”
Saint-Phalle

Il devrait avoir les tendons secs et les vieilles molettes froides. Une épaisseur est apparue sur la face interne de l’antérieur droit, au niveau du métacarpien rudimentaire. Cette zone avait déjà été le siège de suros sur les deux antérieurs, sous le genou, ce qui arrive souvent chez les lusitaniens qui billardent et qui sont montés trop précipités pendant leur croissance. Mais ils avaient désenflammés, disparaissant à l’oeil.

Au toucher, la zone est gonflée mais pas chaude, il n’y a pas d’atteinte. Il ne boîte pas. J’espère que ce n’est pas un début de tendinite.
“Comme dans la vie, on observe en équitation une continuelle alternance de hauts et de bas.”
Podhajsky
Il y a de toute évidence une fragilité, je pense à la séance stressée en extérieur avant-hier, et à son surpoids évident, bien que n’ayant que trois litres de floconnés par jour, il profite allègrement de la paille fraîche journalière. Kelso est un affamé perpétuel, de peur de se retrouver à nouveau en manque comme pendant sa jeunesse.
Je révise mon programme qui était de l’emmener d’abord tranquillement en extérieur au pas avant de reprendre la gymnastique en carrière sous le soleil frais de début mars. Je le marche en main et vérifie le désengorgement, puis douche baveuse 20 minutes, pommade et paddock. Kelso ne bouge pas au pré, y allant tous les jours. Il peut ainsi marcher à son gré et permettre à l’organisme  de garder du mouvement.

Plus de 500 km par semaine, des choix de vie orientant celui de l’entourage, des sommes faramineuses en pensions et frais divers, le tout pour pouvoir quémander quelques heures de plaisir par semaine, voici ce que je pourrais exiger de lui, dans la logique humaine : « une heure par jour, cela ne va pas trop te coûter, tu as bien de la chance de vivre dans ce confort et cette tranquilité, je t’envie, tu me dois bien ça. ». Approcher et monter Kelso avec l’exigence d’un dû, voici tout ce que j’essaye de fuir. Je lui dois au contraire mon respect pour toute sa patience, sa tolérance, son empathie quotidienne à mon égard, je lui dois mes excuses pour toutes ces erreurs commises régulièrement, pour l’agresser de mes indiscrétions et de mon manque de finesse, je lui promets que tout le travail est pour moi et qu’il sera malheureusement bien long.

“Le but principal est notre propre plaisir. C’est la raison pour laquelle nous avons de tels problèmes d’égo dans notre façon d’agir; nous n’avons pas de but.” Tom Dorrance

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