Major #1 – Objectif Bac

Fin avril dernier, Major est arrivé un peu chamboulé. Arraché à sa terre natale, transporté à 2000 km de là loin de ses odeurs, de ses compagnons et de ses hennissements si familiers; il découvrait sa nouvelle prairie et un nouveau compagnon de son âge, Monte Velho.

Major à gauche

J’avais choisi, en m’installant comme cavalière professionnelle et en prenant des chevaux au travail, de compléter cette entreprise avec un statut de « préparatrice en guide équin » ou « créatrice de binôme ». Plus clairement, trouver de très jeunes chevaux et les préparer à rencontrer leur partenaire humain… On est pas loin de l’agence matrimoniale. Les dresser et les revendre pour être moins poétique. Difficile pour l’idéaliste que je suis. À Major je lui dirai : « Tu guideras, tu porteras, tu accompagneras, tu pardonneras l’erreur et accepteras qu’elle soit humaine, tu toléreras les incohérences émotionnelles, tu donneras des ailes, tu réchaufferas et élèveras l’âme de quelqu’un qui j’espère saura te faire honneur ».

Les critères de recherche s’orientaient vers le lusitanien, race de cœur, jeune et vierge le plus possible de tout contact humain.
Parmi eux, Major, de l’élevage Herdade do Pinheiro fut choisi. Fils de Jocoso (Ferraz da Costa) et de Quiera, une jument de l’élevage Herdade do Pinheiro par Eldorado (Veiga), né en 2016, je le choisi pour ses allures, sa carrure, sa sortie d’encolure, son équilibre au galop, son mental.
Difficile de juger un poulain d’à peine un an, âge où la veille et le jour suivant de ma visite, il aurait été tout autre, âge où la croissance morcelée, l’impermanence des formes et de l’équilibre et où l’instabilité de l’harmonie des masses le rend hésitant et maladroit.

Je devine au regard du jeune animal méfiant une grande intériorisation, une sorte de bouderie, de tristesse, je n’ai pas le droit de l’approcher durant de longues semaines et bien qu’il tolère ma présence, il se détourne de ma main tendue. Je l’ai laissé, observé, nourri et il s’est tout doucement rapproché pour finalement me donner le droit de le caresser. Grand honneur donc, et patience récompensée, car Major est un tendre.

3 mois ont passé, la salle de pansage a été acceptée, le corps tout entier manipulé, l’anti-mouche aussi, les pieds attrapés (sauf quand le maréchal ne demande pas la permission et que Major se cabre de toute sa hauteur en se prenant un antérieur dans la longe)…

Les premières lettres à apprendre se font sous la forme d’ateliers découvertes que le yearling accepte avec calme et curiosité.
« …de même qu’il faut à l’enfant commencer par connaître les lettres et les nombres avant de pouvoir apprendre à lire et à calculer. » G. Steinbrecht

J’aime bien la métaphore utilisée par un cavalier dont je ne me souviens pas du nom, qui expliquait que le débourrage ne correspondait pas à la maternelle mais au baccalauréat, le cheval ayant déjà été complètement préparé au contact avec l’homme dans toute sa globalité comme à embarquer dans un van, à connaître la couverture, le parage, l’attache, le surfait, et toute sorte de manipulations lui permettant d’appréhender sans danger pour lui et l’homme toutes les mises en situation possible.

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