[JdD] – Réflexe d’opposition

Le « peignage des rênes » en montant la main pour faire descendre la tête du cheval est un scandale pour certains cavaliers bauchéristes ou éthologues car il est basé sur la réponse du cheval par un réflexe d’opposition, réflexe tant redouté par tous puisque la base du horsemanship est de le faire céder à la pression, et donc de rendre inconfortable toute opposition à cette pression. Demander au cheval qu’il « s’oppose à la main » (qu’il la suive serait plus juste) au lieu de lui céder semble une hérésie ridicule et intolérable. Mais la critique est toujours facile, ont-ils tous réellement essayé, tout d’abord la véritable extension d’encolure d’une façon générale, en laissant descendre le cheval de lui-même avec quelques exercices sur le cercle et avec la main basse (Henriquet…), ou en peignant les rênes (Pradier…) ?
Pour ma part, j’ai essayé les deux. Et il n’y a pas de quoi en faire un fromage. Pendant de nombreuses années, je suivais les conseils de Michel Henriquet, observant aussi Pierre Pradier venant donner de précieux conseils à Catherine. Je laissais filer les rênes lorsque le cheval se décontractait jusqu’à mettre la tête en bas sans s’enrouler en essayant de le garder lent, puis j’y ajoutais les exercices comme la contre-épaule en dedans… Kelso a fait des progrès considérables et cet exercice d’assouplissement et de musculation nous a toujours suivi, étant l’élément fondateur de sa masse musculaire, de son amplitude, de sa relaxation… La rencontre directe avec Pierre Pradier fut très tardive, il y a environ 1an et demi. J’amenais au vétérinaire le cheval boiteux revenant du CIRALE et qu’il fallait infiltrer. A cela, il commença par changer le parage et la ferrure puis à nous aider à parfaire les exercices appropriés aux faiblesses biomécaniques de l’ibérique. A ce stade, il m’expliqua que pour que Kelso puisse réussir ses changements de pied, pour de meilleures transitions piaffer/passage, ainsi que pour rééduquer l’asymétrie des posés des membres répercutée dans le dos, il fallait qu’il puisse descendre comme il le faisait déjà bien, mais en m’emmenant d’avantage, afin qu’il prenne le contact proposé et qu’il “tire sa charrette” aux trois allures et surtout dans les transitions dans lesquelles Kelso lâchait en fait le contact et le dos. A ce moment le peignage des rênes et la main un peu haute vers l’avant devint un code (de plus en plus discret) qui permettait à Kelso de comprendre l’exercice et l’incitant à se tendre d’avantage et à monter le dos en améliorant la constance d’un contact et non l’appui. Les résultats furent étonnant, pour la première fois depuis 6 ans, les changements de pieds devenaient faciles, calmes et amples (le cheval ne boitait plus). Il avait encore gagné en force dans le dos, les abdos et dans l’arrière-main, ses allures s’étaient encore améliorées. Pour autant, lorsque je passais à d’autres exercices, lorsque je lui demandais un ramené proche du rassembler, lorsque dans la même séance, je finissais sur du piaffer ou des pirouettes au galop, il s’était également allégé… Pourquoi ne donne t-il pas de coup de tête, pourquoi n’arrache t-il pas les rênes, pourquoi ne tire t-il pas et ne se met-il pas sur les épaules, pourquoi continue t-il de jouer en éthologie, à être respectueux, à céder à toutes les pressions et des plus discrètes ? Alors que, grossière, j’étais tombée dans les travers de ce malheureux réflexe d’opposition. Peut-être que Kelso est un cheval d’une intelligence rare pouvant faire la différence entre toutes ces aides si différentes et contradictoires !

Pour conclure, on peut crier au loup sur beaucoup de choses, et bien que je ne sois pas convaincue par l’excès d’appui de certains chevaux dans cet exercice, la polémique sur le réflexe d’opposition semble déplacée et un peu gratuite. Alors oui, le peignage des rênes entraîne un réflexe d’opposition et après ? Tout instrument mal utilisé est dangereux.

La vidéo de Aude et de sa jument (dans un article précédent) démontre que le cheval peut “tirer sa charette” sans avoir besoin de mors, j’attends le stage de Pierre Pradier avec impatience afin de l’interroger sur cette découverte, afin de comprendre en quoi le contact constant dans l’extension d’encolure semble être l’élément déterminant au résultat biomécanique recherché.

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7 commentaires

pour “[JdD] – Réflexe d’opposition”

  1. zaude :

    Moi, je ne dirais pas que c’est un scandale, je pense que les chevaux sont suffisamment intelligents pour comprendre même des choses contradictoires… C’est juste peut être perdre une occasion de leur apprendre une fois de plus à oublier leur réflexe d’opposition.!..

    ça me fait penser au livre de d’Orgeix dans lequel il dit que le contact ça doit être 0 grammes, car sinon si c’est 20 grammes, comment le cheval va t il savoir que 20 grammes c’est autorisé mais pas 30? (bon, déjà je pense qu’il est capable de comprendre cette règle) mais surtout, à côté de ça, il enseigne l’extension d’encolure comme réflexe d’opposition à la traction du mors sur la commissure ;)

  2. Denis :

    le peignage permet de maintenir (en dosant) un contact sans empêcher la descente vers l’avant , c’est bien un contact qui se dérobe et je ne comprend pas non plus la réticence de M Henriquet.

    J’en profite Emilie pour de faire part de mon admiration sans réserve , pour ton journal que j’ai découvert il ya peu, et pour ta pratique.
    C’est cette équitation que j’aime, c’est simplement beau et assez rare en fait.

  3. will :

    Bonsoir Emilie,
    Encore un article excellent, qui soulève une question de principe et y répond de manière très pertinente.
    L’Equitation n’est pas une religion, il n’y a pas de dogme ni d’hérésie. C’est à chacun d’entre nous cavaliers, d’adapter l’enseignement des Maîtres avec discernement, pragmatisme et même sens critique!
    Le Général L’Hotte a écrit ceci dans Questions Équestres à propos de l’extension d’encolure:
    ‘Pour provoquer la tension de l’encolure, les mains ne doivent donc pas, comme pour vaincre ses résistances, s’immobiliser dans leur fixité; loin de là.
    Les bras, agissant comme des ressorts mollement trempés, doivent exercer sur les rênes du bridon une traction, à laquelle on verra le cheval opposer instinctivement la tension de sa tête et de son encolure. Les bras, cédant alors progressivement, suivront l’encolure dans son extension, pour s’arrêter là où la tête devra être fixée, et revenir à la traction, si le cheval ne tenait pas, de lui-même, l’appui’
    Même si ce paragraphe s’inscrit dans une réflexion sur la monte en course, on constate que L’Hotte n’ a pas peur des mots. Le Général Durand, dans ‘L’Equitation Française’ en donne d’ailleurs une transcription limpide pour le Dressage:’Si l’on remplace, dans cette définition (le texte de L’Hotte ci-dessus ndlr) le mot appui par le mot contact, on a la recette d’un mouvement d’élongation aussi utile sur le rectangle de dressage que sur un terrain de concours ou qu’à une arrivée de course’
    Voilà qui justifie, et avec quelles références! votre remarque tout à fait fondée: ‘la polémique sur le réflexe d’opposition semble déplacée et un peu gratuite’
    Bien cordialement
    Will

  4. Emilie :

    merci à tous pour vos commentaires et citations très intéressantes que je ne connaissais pas.
    Emilie

  5. Denis :

    je viens de voir que tu interviens sur Allege Idéal , que tu reçois des éloges de personnes reconnues et respectées(C. Carde entre autre), ta notoriété va exploser, et j’en suis ravi car c’est amplement mérité, et ce sera mon dernier compliment , faut pas exagérer non plus :)

  6. Emilie :

    Oui Denis, Bernard Maurel m’a demandé s’il pouvait mettre des vidéos de Kelso sur leur site de l’association, je ne connaissais pas les commentaires encore, je ne sais pas si je souhaite « exploser ma notoriété » mais si certains messages peuvent passer pour le confort des chevaux, ce sera déjà ça de gagner.

  7. Sébastien :

    Extrêmement intéressant. Je suis assez impatient de lire le compte rendu de l’explication de Pradier ! :-)

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