[JdD] – prise de contact (video)

Les bases, difficile simplicité.
A la recherche d’un contact permanent, égal sur les deux rênes et léger, bout du nez vers l’avant, le cheval allongeant son encolure à la recherche de ce contact.
En cette période où Kelso est fragile, nous retournons aux choses simples – en apparence –. J’observe tout d’abord l’attitude de Kelso rênes longues aux trois allures, c’est-à-dire la position de son encolure et de sa tête : il se met dans la position la plus confortable pour lui, celle qui correspond le mieux à l’ensemble allure/morphologie/mental. Lorsqu’il est calme, il s’agit de la meilleure indication pour continuer la suite du travail, qui est d’ obtenir un contact avec sa bouche sans altérer en rien le mouvement et l’impulsion mis en place : la liberté de l’encolure est une notion fondamentale. Imposer une position tête encolure par la main bloque le dos, éloigne les postérieurs, détruit le mouvement en avant et à long terme la locomotion naturelle. L’idée est donc qu’il vienne prendre un appui de lui même sur le mors (de l’arrière vers l’avant), que ce contact soit léger, franc, égal sur les deux rênes (notion de cheval tendu) dans tous les mouvements demandés, ce qui se perfectionne tout au long de la vie du cheval.

“…on ne cherchera qu’un contact doux, moelleux et constant avec la bouche.” Heuschmann
« L ‘ appui correct doit être permanent, c’est-à-dire uniforme. »
Podhajsky
“…la constance du contact entre la main et la bouche ne porte en rien préjudice à la légèreté dont elle suppose, au contraire,le facteur le plus nécessaire : l’impulsion. Mais le contact peut être si ténu, la bouche peut le conserver avec une telle absence de résistances, qu’il ne suppose aucun effort; il indique seulement au cheval qu’il ne doit pas laisser son centre de gravité et l’impulsion s’écouler en avant.”
Saint Phalle

Avant tout un ingrédient indispensable : la décontraction, sans laquelle il n’y a pas de juste locomotion. Andy Booth me le rappelait il n’y a pas longtemps : dès que l’émotionnel l’envahit, le cheval perd ses moyens locomoteurs;  souplesse, amplitude, régularité, rythme, cadence, harmonie du mouvement juste s’altèrent, le mental et le physique du cheval sont intimement liés. Rien ne sert de travailler un cheval inquiet, stressé quelle que soit la cause (douleur, environnement…), c’était le cas de Kelso hier et avant hier, les premières foulées rênes longues m’indiquaient son état émotionnel non productif : dos contracté, précipitant, raide, irrégulier…

L’encolure basse est une attitude de relaxation mentale, un cheval calme a l’encolure basse, s’il est excité il la remonte, et inversement, si Kelso est stressé, je lui baisse l’encolure pour qu’il se relâche tout comme une attitude haute imposée aura tendance à le stresser. Les attitude que je lui demande pendant une séance agissent donc autant sur son mental que sur son physique.

Rênes longues sur la carrière, cette étape qui semble facile pour certains chevaux calmes, froids et équilibrés fut longue et difficile pour nous deux, et obtenue progressivement. Kelso est rassuré quand il se sent prit en charge, cet exercice lui donne donc des responsabilités ce qui l’aide sur le plan mental autant que physique. J’attends un signe de relâchement et qu’il ait finit d’inspecter les alentours, car si je lui imposer d’office une mise en main et une direction précise, il va se focaliser sur un endroit et faire semblant d’en avoir peur toute la séance. Lorsqu’il commence à baisser l’encolure de lui-même, je recueille un contact avec sa bouche en ajustant les rênes afin qu’elle ne flottent plus, le plus difficile est de garder ce léger contact constant. Il prend confiance en la main si elle l’accompagne, si elle le lâche de temps en temps, il se retient, perd sa franchise, passe derrière la main et les jambes.

“Je ne puis mieux comparer la situation du cheval ainsi dirigé par l’homme , qu’à celle de l’aveugle conduit pas son chien; tant que la corde est tendue et qu’il sent son guide, l’aveugle marche avec confiance; si la tension cesse, l’incertitude arrive.” D’aure

“Il est de règle absolue, en équitation, que la main doit toujours rester en communication avec le bouche.”
Fillis
“Le contact franc et mesuré procède d’un travail délicat et prolongé. Il ne s’impose pas par la force, mais amène le cheval à chercher l’appui léger sur son mors, comme un enfant cherche la main de sa mère.” Henriquet
“…s’appuyer avec élasticité sur la main. Le temps employé à poser cette base ne sera pas perdu, et se regagnera ensuite largement; par elle seule, en effet, on arrivera à obtenir que les chevaux continuent à “marcher du dos” Plinzer
“…cet appui franc, constant et élastique que nous devons faire accepter par la bouche, est la base sur laquelle nous nous appuierons plus tard pour nous emparer des mouvements d’extension et de redressement de l’encolure (…) sinon on risque de faire fausse route et on se crée pour l’avenir de sérieuses difficultés.” Duthil
« …ce n’est pas le cavalier qui doit, en tirant sur les rênes, chercher une liaison avec la bouche du cheval et, par là-même, freiner ce dernier dans son impulsion ; tout au contraire, c’est le cheval qui doit rechercher l’appui sur la main du cavalier. » Podhasjky

Tant qu’il n’est pas tendu et élastique sur le mors, toute action de la main comme le demi-arrêt ou l’action directrice de la rêne extérieure n’aurait d’effet que sur sa bouche, sans répercussion directe sur l’arrière-main moteur, et le dos ne fonctionnera plus, le désir de le voir gagner en amplitude et équilibre sera ruiné. 

Si je ferme des doigts alors qu’il n’est pas allé cherché le contact par l’impulsion en allongeant son encolure bout du nez en avant, il va « céder » localement, puis alterner entre se durcir à chaque demande (comme les transitions), et être flottant dans une attitude figée, encolure raccourcie, dos creux, ganaches écrasées. 
Kelso a passé des années à fuir le contact, il était à ses débuts très encapuchonné, j’évite donc de bidouiller pour « le faire céder » et casser la confiance fragile qu’il a aujourd’hui en la main.
Conseil de Steinbrecht au cavalier :« Qu’il ne cherche pas, en tirant, l’appui demandé, mais qu’il attende, en gardant tranquillement sa position, le moment où le cheval le prendra de lui-même… »

Je l’encourage à allonger son encolure en éloignant son bout du nez et à venir cherche le contact le plus loin possible en ne bloquant pas la main, tout en veillant à ce que la cadence et la franchise de l’allure ne change pas.

 J’essaye de le conserver dans les transitions, les variations d’amplitudes, les cercles… Maître mot : ne jamais user de la main pour le ralentir pour éviter de raccourcir le précieux balancier, les doigts perméables,  “Toute flexion dans laquelle les rênes agissent par traction d’avant en arrière, aussi légèrement que ce soit, est un exercice de mise derrière la main.” Decarpentry

“Le cheval va intégrer progressivement  que pour pouvoir se mettre en attitude, il doit impérativement prendre le contact, que tout mouvement débute par cette obligation et se poursuit par cette recherche. L’impulsion elle-même  va se traduire par cette quête du contact. Une des plus importante nécessités du dressage est mis en place : la fidélité à la main.” Pradier

Les notion de rectitude, contact et impulsion sont intimement liées. Une fois le contact établit, je vais chercher à maintenir l’équilibre des deux épaules, le reste suivra, qu’il ne tombe pas d’un côté ou d’un autre (qu’il n’agrandisse pas le cercle ou le coupe par exemple) , qu’il ne lâche pas une rène plus que l’autre… Pour cela, je le travaille en piste intérieure, puis alternance de cercle et lignes droites en utilisant les deux mains ensembles dirigeant la masse des épaules comme pour les maitenir dans un rail imaginaire, je ne m’occupe pas de la bouche qui va venir sur le contact dès que je serai dans le bon équilibre rail/impulsion.
Ainsi, le contact devient de plus en plus égal sur les deux rênes par le travail de rectitude, concentration de chaque foulée.
“…apprendre tout d’abord à se porter en avant sous l’action des aides propulsives et à s’allonger pour prendre appui sur le mors,condition sine qua non de la possibilité pour la rène d’exercer une action quelconque. Par des exercices d’assouplissement, il doit être amené à la décontraction et mis droit d’épaule et de hanche, de manière à laisser passer vers l’avant, jusqu’à la nuque, qui alors cèdera, l’impulsion produite par les postérieurs.” Steinbrecht

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2 commentaires

pour “[JdD] – prise de contact (video)”

  1. karine :

    Tellement juste et nuancé. Merci de mettre des mots sur ce long processus vers l’équilibre.

  2. Sébastien :

    Très intéressant. Notamment ceci :  » en utilisant les deux mains ensembles dirigeant la masse des épaules comme pour les maitenir dans un rail imaginaire ». C’est tellement rarement mis dans dans les ouvrages de références alors que les écuyers classiques (je pense à certains élèves d’Oliveira ou du Cdt de Padirac) l’enseignent tous les jours. C’est limpide, presque évident lorsqu’on lel lit… et tellement complexe à maîtriser en selle !

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