[Journal de Dressage] – Pas de décontraction, pas de locomotion !

Kelso au pré pour un mois.
« … tout sportif, avant l’entraînement proprement dit, attache une importance particulière à la décontraction et à l’assouplissement de tous ses muscles et de toutes ses articulations… »
Podhajsky

Novice, je pars courir pour la forme et prends alors profondément conscience de l’importance de la décontraction et des étirements dans la locomotion.

Jour 1. Courir de manière relâchée n’est pas si simple pour un organisme non habitué, mon corps se crispe, ma respiration s’accélère, et je cherche des postures de compensation selon les douleurs et fatigues qui apparaissent. Début des résistances.
Lorsqu’une poussée d’adrénaline survient subitement, provenant d’un stress quelconque, mes artères se compriment, mon rythme cardiaque accélère encore, mon corps se remplit d’une matière invisible lourde qui me rend prisonnière de tensions désagréables, mes muscles se raidissent, tétanie, asphyxie… Réduction des amplitudes, dégradation du geste, tensions musculaires maximales.
Puis, avec le contrôle d’une respiration lente et posée, une certaine concentration sur soi-même, ma foulée reprend du rebond et se régularise. Les muscles sont chauds, ils réclament d’être étirés, j’assouvis ce besoin.

Je n’ose alors imaginer la détresse du cheval soumis à ces cofacteurs de stress réduisant fortement toute tentative de relaxation  :
- Le mouvement, lui-même synonyme de fuite,
- Un environnement aux multiples stimuli offensifs,
- Un poids et une agitation sur le dos
- Des contraintes biomécaniques dues à divers moyens de contentions (rênes/main, enrênements…)
- Parfois même la peur, celle de la douleur ou de la punition…

Buck Brannaman ressentit la sensation de réconfort en se réfugiant dans la niche de son chien un soir d’hiver où son père le battait. En allant au-delà de mes capacités du moment, je m’imaginais à la place du cheval en détresse physique soumis à ces incohérences fonctionnelles.

Je me souviens alors des heures de kilométrages en carrière sur ce cheval mentalement emballé, précipitant, nez au vent, encolure figée, rasant le sol de ses allures courues, Kelso est de nature solide pour avoir supporté cette intensité mentale de fuite constante. Jusqu’où aurait-il pu aller ? Je ne le poussais pas, je le laissais courir en attendant en vain un relâchement. Avec lui, au fil des années je compris que c’était le mental d’abord, duquel découlait entièrement la qualité du geste, si commun soit-il.

Pas de de décontraction, pas de locomotion !

“Les kilomètres de labourage musculaire que l’on impose au jeune cheval, sans interruption, sans repos, sans préparation, verrouillent totalement le sensoriel; les grosse masses musculaires sont spasmées et douloureuses…” Denois

“ La décontraction est le critère principal tout au long de la formation du cheval. L’ordre de l’échelle de progression reste inchangée mais la décontraction demeure pourtant l’exigence absolue à chaque étape de l’entraînement, car c’est la seule façon
1. de conserver la pureté des allures
2. de parvenir à la tension optimale des muscles,
3. d’obtenir le vrai rassembler
4. l’acquérir la perméabilité générale,
5. et c’est ainsi que le cheval développera son dommages son potentiel maximal.”
Heuschmann

“…L’essentiel c’est de ne rassembler que lorsque le cheval est décontracté.” Raabe

L’art équestre résiderait-il en partie dans la capacité à aider le cheval à se décontracter dans le mouvement, plus tard dans l’impulsion ?

“…savoir doser appel au calme et à la relaxation, et appel à l’influx nerveux, afin que la combinaison des deux provoque l’intérêt dont  dépend, en grande partie, le mouvement en fluidité du cheval. » Oliveira

Jour 2. La moindre contracture, même très localisé (courbatures, trigger points), engendre automatiquement une réduction de l’efficacité musculaire, l’esprit est focalisé sur la douleur et sur les moyens de l’enrayé sans perdre le mouvement. Les compensations usent l’organisme en d’autres endroits, le corps se fatigue plus vite, le geste a perdu sa fluidité et sa régularité, je m’essouffle plus rapidement. D’où la notion fondamentale de la préparation.

“ C’est de l’assouplissement général seul que naît le véritable équilibre du cheval; et c’est aussi cet assouplissement qui fortifie les parties faibles, donnent aux muscles la puissance, – la souplesse aux articulations, et le prépare au travail de la haute école.-” Franconi

Je lui demande tant et je me néglige…

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2 commentaires

pour “[Journal de Dressage] – Pas de décontraction, pas de locomotion !”

  1. michel :

    Bonjour Emilie,je trouve votre article tres interessant,en effet la decontraction voire la relaxation du cheval devrait etre le point de départ de toutes nos relations avec lui;je remarque aussi qu’en se focalisant sur sa respiration lors du travail et en demandant les exercices en suivant également ce paramètre on obtient un travail qui me parait meilleur;

  2. Cavalequit :

    Je suis en plein dedans ! ^^

    Petite question Emilie, sais-tu quand sera disponible le livre « Biomécanique du cheval, ostéopathie et rééducation » ?

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