journal de dressage – introduction

Sur les quelques mois à venir, je vais décomposer une séance type de travail du cheval Kelso en la décrivant morceau par morceau. Il s’agit d’avantage d’un journal de dressage, avec l’expérience de 8 ans de travail avec ce cheval mais sans l’expérience des dizaines d’années passionnantes à venir.

Kelso est un hongre lusitanien de 12 ans, de 1 m62, dont je vais, lors du travail quotidien, prendre en compte toutes les caractéristiques mentales et physiques générales ou du moment, afin de m’accorder à son potentiel dans le but de l’améliorer chaque jour dans ses allures et non de le dénaturer.

Description du cheval :

Je sais tout d’abord que Kelso a de l’arthrose depuis au moins l’âge de 4 ans, date de ses premières radios. Pieds, jarrets, cervicales, bassin sont au minimum touchés, n’ayant pas fait de radio du reste de son corps. La fosse iliaque gauche et nettement plus grosse avec un volumineux ostéophyte, pouvant être la cause d’une légère irrégularité dans l’abaissement des hanches au rassemblé, un galop à gauche plus difficile, et de régulières douleurs au niveau du nerf sciatique.

Des remaniements dans les jarrets confirment leur fragilité. Le pied antérieur gauche a évoluer vers une sorte de pied bot, Kelso ne posant jamais réellement son talon en raison des l’hyperostoses palmaire, exostoses et ostéolyses diverses. Les cervicales C6 et C7 ainsi que l’articulation de l’épaule présentent aussi des zones d’arthrose, provoquant de façon cyclique une réelle boiterie de l’antérieur gauche, interdisant tout rassemblé, tout cercle et exercice de 2 pistes durant plusieurs mois et ce depuis 4 ans. Ne pouvant le travailler réellement que 6 mois de l’année, pendant lesquels je tente de retrouver le « cheval d’avant la boiterie » puis très peu de temps pour aborder de nouveaux exercices.

Les allures

L’équilibre naturel de Kelso laisse à désirer, le travail de la cadence fut un long et fastidieux exercice, et non une qualité naturelle de départ. Le pas est peu ample, et peu élastique, il s’agit d’un cheval au dos court et fait en montant, il ne pourra donc se méjuger et onduler autant que certains chevaux allemands. Le trot peut aujourd’hui être cadencé, lent et ample par rapport aux débuts, il a néanmoins peu de mouvement d’épaule et d’élévation. Les jarrets étant un peu droits, très clos et panards, cela lui donne en cas d’inattention, un passage balancé.

Le dos et les hanches courtes ne lui donne pas de mouvement de balancier au galop, c’est l’allure la plus mal notée en compétition : « pas d’amplitude, pas de rebond ».

Il s’agit donc d’un cheval ibérique aux allures modestes mais avec beaucoup d’énergie.

Le mental

Au-delà des capacités physiques, Kelso a un mental bien particulier, que l’on pourrait qualifier de névrosé. Extrêmement émotif, inquiet et sur l’œil, Kelso semble faire parti de ces chevaux ibériques consanguins, facile à déconcerter et à rendre fou. Il faut donc avec lui une patience à tout épreuve, une justesse quotidienne épuisante, un calme et un sang froid que je n’ai pas eu tous les jours. Cette angoisse perpétuelle se traduit pas un continuelle fuite en avant, un cheval qui tirait au renard, un impossibilité de le longer sans l’user dans les débuts de notre partenariat, des écarts et une peur de tout ce qui est nouveau dans son environnement quotidien (qu’il apprend par cœur). Sans parler dans sa jeunesse des mauvaises rencontres avec l’homme, qui ont gravé en lui des blessures émotionnelles indélébiles. Je passe les déboires, doutes, joies et belles rencontres des 8 années passionnantes passées avec ce cheval qui font l’objet d’une étude en cours sous forme d’un carnet de voyage regroupant de nombreux dessins.

Michel Henriquet, Catherine Durand, Jean-Louis Sauvat, Pierre Pradier, pour ne citer qu’eux, nos accompagnateurs du quotidien, généreux de leurs conseils et expériences qui me permirent de faire une « mixture » adaptée à ce cheval tout en essayant d’y associer la philosophie des chuchoteurs.

Aujourd’hui

Kelso est aujourd’hui ce qu’on appelle un cheval dressé, il connaît la plupart des airs de basse et de haute école, ayant de belles prédispositions pour le rassemblé, dans la modestie de ses allures naturelles, de ses pathologies. Il n’est néanmoins pas envisageable de lui imposer la reprise du Grand Prix, avec l’enchaînement de toutes ces difficultés, Kelso est avant tout un artiste et n’a pas l’âme d’un sportif compétiteur.

L’objet ici est de prendre ce cheval au moment présent, et de décrire, ayant en tête tous ces éléments, les moyens de continuer cette belle aventure, le cheval devant rentrer « heureux » de sa séance.

Les différents thèmes abordés reprendrons les étapes d’une séance avec tous les enrichissements possibles et les raisons de leur utilisation. On pourra y trouver :

- L’échauffement :

correspondant à toutes les possibilités que j’utilise pour échauffer et mettre en route le système locomoteur, articulaire et tendineux de Kelso ainsi que la mise en place de la locomotion naturelle aux trois allures.

- Les étirements et exercices d’assouplissement.

- l’utilisation du travail en extérieur

- Le travail à pied

- le rassembler

- la récupération : les étirements après l’effort.

Les éléments pouvant être décrits dans un ordre aléatoire selon les possiblités techniques de video amateur.

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Un commentaire

pour “journal de dressage – introduction”

  1. Noémie :

    MERCI.

    Mille merci pour ce blog.

    Admiratrice de votre couple depuis longtemps, je suis tombée par hasard sur ce blog qui, en plus d’être un puit de science et de bon sens, est un réel message d’espoir pour moi et ma petite jument de 5ans, qui a été gravement blessée à 18 mois (2 opération, 1 platre…) et qui garde encore des asymétries liées à cela, et une certaine fragilité d’épaule…

    Le fait que Kelso soit un cheval «  »"handicapé »" » et «  »"modeste »" » me conforte dans l’idée que rien est impossible tant qu’on écoute son cheval et qu’on va à son rythme.
    Or c’est très difficile ici, chez moi en tout cas, de trouver des pros qui me comprennent. Tous répètent que je reflechis trop, que je l’écoute trop, qu’elle en joue. Soit. Alors j’ai essayé de ne plus faire ainsi et de la prendre comme n’importe quel cheval, d’insister un peu. Elle s’est fait mal. Alors j’ai décidé de ne plus les écouter et de l’écouter elle, toujours. Parce qu’on se connait depuis le début et que meme si on en est qu’au début du travail monté… Ses expressions je les connais.

    MERCI. C’est vraiment beau ce que vous faites. Et ça me prouve que tout est possible, dans le respect, la reflexion, le calme et la décontraction…

    Mais j’aurai une question…
    Qui etes vous? Professionnelle du cheval? (pour monter aussi bien!)

    Bonne continuation. Moi je continue ma lecture ici.

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