journal de dressage – extérieur

À l’aube gelée, la campagne silencieuse se repose. Je marche à pied à ses côtés d’abord pour laisser le dos s’échauffer, surtout en hiver, et ne pas le charger d’un poids dès la sortie du box. Nous dérangeons lièvres, buse, rouge-gorge, qui s’enfuient dans la brume, pas de chevreuils ce matin ce qui est rare.

L’extérieur apporte tant de bienfaits à la fois qu’il était impensable à l’achat de Kelso que je n’en fasse pas rapidement un cheval sûr au dehors, cela faisait pour moi partie intégrante de l’ensemble des moyens à avoir à disposition pour l’aboutissement du dressage complet d’un cheval, même pour une utilisation artistique seule.
“Le dressage en vue de l’équitation artistique est un enseignement supérieur, auquel une instruction première bien assimilée doit servir de base (…) le cheval doit être au préalable un bon cheval d’extérieur confirmé.” Decapentry

Établir les bases
“En dehors des airs, il ne faut pas oublier la finalité essentielle du travail d’école qui est le perfectionnement constant des trois allures naturelles d’une piste. A cela il faut aussi consacrer beaucoup de temps, non seulement dans le manège, mais aussi en extérieur, sur les bons sols et en terrain varié.”
Michel Henriquet.
C’est d’ailleurs chez Michel Henriquet que nous débutions nos essais au dehors contre l’avis général, étant donné le caractère du jeune animal. Kelso était déjà tellement effrayé sur la carrière et tellement incontrôlable qu’il paraissait inimaginable de l’emmener en promenade. Mais une assez grande expérience de l’extérieur me suivait déjà, j’avais une éducation équestre “à la dur” :  “ plus vite tu seras dessus, plus vite tu tomberas”. Obstacle, cross, extérieur sans étrier ou à cru, sur tout type de chevaux, j’en avais vu de toutes les couleurs et je me disais que le plus tôt serait le mieux pour habituer le poulain au tout-terrain. Je confiais Voy mon vieil entier baroudeur, à un cavalier expérimenté et le suivais avec le poulain. Voy fut le professeur, et Kelso s’en remis entièrement à lui.

Échauffement physique
« … développe le perçant du cheval, éduque ses facultés naturelles en ce qui concerne le maintien et les allures, le fortifie dans tous ses membres et le rend flexible et souple dans ses ligaments, tendons et articulations. » Podhajsky.
Les premiers pas de Kelso en sortant du box sont hésitants, engourdis, sans élasticité ni amplitude, les foulées sont petites, il marche comme sur des oeufs. L’arthrose, la vie en box principalement, les raideurs de sa morphologie sont autant de raisons à cela. La mise en route à l’extérieur est le meilleur moyen de le dénouer, il me suffit de partir marcher une demi-heure au pas rènes longues et le cheval est transformé : muscles, ligaments, proprioception, impulsion, amplitude, élasticité, les tensions se délient et pour cela je n’ai rien eu à faire que de le laisser s’échauffer librement. Ses écarts, ses regards à gauche et à droite, ses sursauts semblent avoir fait leur travail ostéopathique, sa raideur de l’antérieur gauche disparaît. Moralement il s’est éveillé aussi.
C’est ainsi que j’arrive sur la carrière avec un cheval qui peut commencer les étirements puis le rassembler par la décontraction sans lutte, sans douleur, il est dans ses allures naturelles et dans l’impulsion sans avoir eu recours aux enrênements, éperons, bride, ou autre.
Cette mise en route est riche en information : en combien de temps passe-t’il d’un pas retenu à un pas ample, est-il stressé, aux aguets ou plutôt serein ?… Je peux ainsi orienter les exercices suivants (durée des étirements, temps passé pour le décontracté, tel type d’assouplissement selon les masses musculaires dans le besoin). Il m’arrive parfois de desseller et de jouer tout simplement, si en fin de circuit il ne s’est pas relâché.

Éntraînement physique

Lorsque les sols sont très bons (afin de ne pas user son système ostéo-articulaire déjà fragile), nous partons sur une durée plus longue pour travailler le souffle, l’endurance, les masses musculaires de proplusion en profitant du dénivelé des terrains. Beaucoup de transitions dans les allures, passant d’un allongement de l’allure (en essayant de conserver cadence et en augmentant l’amplitude) à son racourcissement par le rassembler et l’élévation. En suspension, je libère son dos, quart de pirouette pour changer de direction  puis en avant à nouveau. Après ce type de séance, le travail en carrière est nettement meilleur : changements de pied, amplitude, trot allongé n’ont plus rien à voir.

Mise en situation de compétition
“…Mille objets que les chevaux ne connaissent pas , leur donnent de la gaité, les animent, leur font prendre de l’ardeur, effraient ; enfin les rendent si différents de ce qu’ils sont dans le manège…”
Montfaulcon de Rogles (1778).
Je m’y exerce parfois à l’exécution des airs difficiles, lui demandant de répondre à n’importe quel moment à une pirouette, un changement de pied, du piaffer ou du passage…, à rester concentré même en cas d’éléments extérieurs inquiétants. Kelso est tendu au dehors, il est en alerte même après toutes ces années d’expérience, cet environnement me donne les même conditions de stress que celui de la compétition. Comme une sorte de désensibilisation, nous y apprenons à gérer son émotivité.
“…dans un terrain inconnu, ménager ses ressources, maîtriser ses résistances ou son effroi, lui inspirer de la confiance en ses propres forces et en votre sagesse, obtenir, en un mot, de sa vigueur et de son moral, un parti que l’on aurait osé espérer, c’est un mérite aussi.” Pellier
cf video de l’article du 17 mars 2010.

Eviter l’ennui
Pour son mental comme pour le mien, pour une recharge énergétique au milieu de la nature et au rythme des saisons. Car je m’ennuie autant que lui parfois à faire des ronds dans un rectangle.

Laisser un commentaire