[JdD] – étirement vers le bas

Il y a quelques années, je cherchais souvent vainement à l’avoir bas, bout du nez en avant pour l’ aider à me porter, à obtenir un contact, et pour qu’il se relâche.

« C’est d’ailleurs une des principales exigences que de monter les jeunes chevaux dans cette position d’extension vers le bas et vers l’avant. Mais “vers le bas et vers l’avant” ne signifie en aucun cas, et c’est souvent mal interprété, qu’un cheval doit courir sur son avant-main. Cela signifie simplement que, grâce à une extension vers le bas et vers l’avant aussi longue que possible de l’axe tête-encolure, il doit être donné aux jeunes chevaux, qui n’ont pas assez de force musculaire pour porter, la possibilité de porter leur dos avec le poids du thorax et de l’abdomen ainsi que le poids du cavalier et de le maintenir dans une position “proche de zéro”, pleine d’élan et de naturel.” Heuschmann

Au delà de l’intérêt immédiat amenant décontraction, franchise du contact et amplitude, je l’utilisais par la suite comme exercice d’assouplissement et de musculation pour l’utilisation future que je souhaitais faire du jeune cheval : vers le rassembler. Il me fallait une ligne de dessus harmonieuse, fléchie et souple pour gagner en amplitude et pour qu’il puisse fonctionner avec son dos (pour cela de bons abdominaux), de la force de propulsion, une base d’encolure élargie ainsi qu’un développement de tous les muscles de soutien de l’avant-main. Façonner le cheval afin de gagner en équilibre et en locomotion, lui qui n’avait ni l’un ni l’autre, au lieu de lui imposer directement une attitude de cheval arrondi et rassemblé alors que l’ensemble de son corps n’y était pas prêt.
L’extension d’encolure est un exercice utile pour cela si elle est correctement employée. Elle est obtenue très progressivement chez le jeune cheval qui doit finir son ossification (6 ans) avant de subir toute contrainte ostéo-articulaire. 
De plus, “Un cheval sera fini d’être descendu, lorsqu’il aura fini de se remonter.” Francis Rebel.
« Un cheval correctement monté en lui faisant adopter l’attitude d’extension “vers le bas et vers l’avant” est donc capable, par la seule “contraction supérieure”, de porter le poids de son tronc alourdi par celui du cavalier, sans devoir abuser pour se faire de son muscle long dorsal. D’autre part, le jeune cheval apprend très vite, dans cette attitude, à employer son arrière-main de façon dynamique (propulsion des postérieurs) et à laisser passer l’impulsion à travers le dos et la nuque jusqu’au contact de la main. C’est l’unique moyen pour créer le bon contact indispensable de l’arrière vers l’avant.” Heuschmann

Le principe :
“L’extension d’encolure va se traduire par une surcharge de l’avant-main, et allègement correspondant de l’arrière-main. Elle met provisoirement le cheval sur les épaules.” Ce qui va forcer le cheval à prendre une “attitude extrême et de faire travailler tous les muscles qui assurent sustentation et motricité…”
Pradier
“…il faut absolument, au départ, accepter le déséquilibre. Il est le facteur opérant de la gymnastique”. Pradier

C’est une attitude qui ne se force pas, qui se demande sans enrênement, qui se perfectionne petit à petit comme tout travail musculaire, qui doit être de courte durée sur la séance, qui ne doit pas être demandée à un cheval aux antérieurs fragiles…

L’intérêt peut-être musculaire :
Abdominaux

« La décontraction de la chaîne dorsale est indispensable à la mise en jeu et à l’efficacité de la chaîne ventrale. »
Denois
« La chaîne cervicale ventrale travaille en synergie avec la chaîne abdominale. Sa mise sous tension, qui se manifeste par l’appui du cheval sur son mors, favorise la flexion lombaire. »
Denois
« pas d’abdominaux, pas de dos »
Denois
« La sollicitation de la chaîne ventrale est la clef de l’ensemble. »
Denois
“Les muscles abdominaux vont grandement participer à cette réduction de la “longueur des dessus”. Auxilliaires indispensables du voussement du dos, ils seront ensuite les artisans du léger basculement du bassin nécessaire pour parfaire l’engagement.”
Pradier
Muscles de l’ avant-main

« Cette « ligne du dessous » est l’assise de la « ligne du dessus » dans tous les efforts d’élévation de l’avant main. »
Denois
L’extension d’encolure “…accroît le travail des sangles musculaires qui effectuent la suspension du tronc entre les deux antérieurs. Ainsi le développement des muscles pectoraux et dentelés contribuera à assurer un meilleur soutien et à rendre plus légère l’avant-main dès que l’encolure sera ramenée dans une attitude naturelle.” Denois
Muscles propulseurs :
L’extension d’encolure provoque l’étirement maximal des muscles eractor spinae et m. fessier moyen,”deux volumineuses masses musculaires, facteurs les plus puissants de la propulsion” Denois
“…la croupe (le bassin) et les postérieurs participant à un nécessaire surcroît d’engagement.” Pradier

L’intérêt également est de développer le bon fonctionnement du dos par sa décontraction, “ Il se crée ainsi une relation étroite entre l’ensemble tête-encolure et le thorax. Cette corrélation anatomique explique l’influence directe de la position et de la longueur de l’encolure sur la biomécanique du dos.” Heuschmann
Mais aussi d’assouplir de nombreuses articulations (hanche, épaule), de même que « la voussure de la colonne vertébrale thoracique induit un étirement de la puissante masse commune (m.erector spinae) et des m. juxtavertébraux qui travaillent alors en élongation. Cet effet, en augmentant l’efficacité de la contraction musculaire présente un intérêt sportif immédiat.” Denois

La décontraction
« 
Le cheval doit apprendre à retrouver son attitude naturelle et à se mouvoir sans gêne sous le poids du cavalier avec une encolure étendue et le nez bas; s’il arrive à garder cette attitude sans contrainte, il se décontracte. On reconnaît la décontraction du cheval, lorsqu’il trotte en rythme avec de l’amplitude, sans se précipiter, vers l’avant et avec l’envie d’étendre son encolure vers le bas et de descendre le bout de son nez; prendre ainsi appui sur la main, en étant souple dans son dos et porter sa queue de manière naturelle et sans crispation. La décontraction du cheval est la première condition pour la réussite de l’ensemble du dressage.” Mossdorf

L’intérêt locomoteur : Kelso s’est transformé musculairement au fil des années, il a gagné en force, en amplitude, en symétrie (rectitude), en impulsion… Cet exercice est donc devenu une base de travail, d’assouplissement et de détente préparant au rassembler. En effet, le blocage de la charnière lombaire provoquée par la mise en tension du ligament nuchal, oblige le cheval à un sucroît d’engagement et à développer fortement les muscles ilio-psoas, qui ne sont autres que les muscles principaux du rassembler.

Effet Antalgique
Finalement, l’extension d’encolure nous a permis de continuer à travailler 
malgré le verdict vétérinaire, à certaines périodes, Kelso ne peut travailler que dans cette position antalgique, qui ouvre et soulage les foramens intervertébraux, il m’est donc possible de le garder en forme et de le pas le mettre définitivement au pré, ce qui finirait de le raidir, perdant alors toute musculature.
« Enfin l’abaissement d’encolure, c’est-à-dire la flexion de la colonne vertébrale cervicale, s’accompagne d’une ouverture des foramens intervertébraux. Ce phénomène est favorable  à la diminution de douleurs dues à des pincements ou des irritations à ce niveau et pouvant se traduire par des raideurs vertébrales ou des boiteries des antérieurs. (…) Cette position est une attitude antalgique…» Denois.

Quand Kelso va bien et que je peux intégrer un peu de rassembler, le retour régulier à l’extension pendant la séance permet de relâcher les muscles qui ont été tendus, de soulager les postérieurs après des efforts importants, de plus, 
“Si un cheval ne met pas son nez par terre à la demande c’est qu’il n’a pas lâché son dos.” Oliveira
, « Si un cheval n’est pas capable de donner une descente d’encolure correcte aux trois allures, en restant cadencé, sans creuser le dos, c’est que le travail n’a pas été bon.” Oliveira
« J’estime, quand à moi, qu’il est de principe, au cours des leçons de dressage, de laisser le cheval s’étendre après chaque consession. Enfin, je tiens qu’il faut d’une manière générale, pendant le dressage du cheval, lui donner l’ habitude de s’étendre de temps en temps aux trois allures. Il n’y a pas d’équilibre, pas de position qui ne finisse par fatiguer. Qu’on en change et l’on y reviendra avec plaisir.”
Fillis
« Il me paraît important de préciser qu’à quelques stades que ce soit dans la progression, même sur un cheval très avancé, il est sans inconvénient et sans risque de revenir au travail en extension d’encolure. Une perte d’amplitude dans les allures, une insuffisance de tension de la ligne du dessus, voir un manque de mouvement en avant, peuvent le nécessiter et qu’il n’y a parfois pas de meilleure solution.” Pradier

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2 commentaires

pour “[JdD] – étirement vers le bas”

  1. Ludi :

    Très intéressant, comme toujours :)

  2. will :

    Bonsoir Emilie,
    Je ne peux que renchérir sur le commentaire de Ludi. Votre blog est absolument passionnant!
    Mon vieux maître de manège avait l’habitude de demander souvent, au cours du travail de dressage, des intermèdes de trot moyen dans l’attitude ‘du cheval revenant de la chasse au renard’. Il n’avait jamais mis les pieds au Royaume-Uni, mais j’ai pu constater par moi-même, après avoir suivi dans les Downs du Sussex quelques unes de ces chasses tellement sportives, que les hunters prennent d’eux-mêmes cette attitude au grand trot, encolure étendue et basse, angle tête nuque ouvert, et néanmoins sans perte de contact et en engageant l’arrière main tout le long du retour après 5 heures de rude galop en terrain varié. Souvent d’origine PSA dans cette région, ces chevaux ont un équilibre et une légèreté de bouche remarquables, qui justifient, s’il en était besoin tout votre propos.
    Merci encore pour le plaisir de vous lire
    Will

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