[JdD] – haute et mal aisée

“Mais dès lors qu’il considère et goûte la perfection d’un tel art, il s’étonne et se moque d’avoir auparavant osé présumer d’une chose, que tant plus il la va découvrant, tant plus il la trouve haute et mal aisée.” La Broue
Anormalement calme dehors, ce qui fut d’ailleurs très agréable : petit trot tranquille, pas d’écart, sursaut, ronflement, yeux écarquillés, torsion d’encolure ni affaissement général comme si on allait disparaître sous terre. Sur la carrière, je vérifie si ce calme ne provient pas d’une douleur dorsale ou cervicale mais le travail en étirement est aussi impeccable, très lent, cadencé, facile, de belles épaules en dedans même du côté droit qui amène généralement à la boiterie (abduction de l’antérieur gauche), pas le moindre signe de gêne. Je le félicite de la voix, ses oreilles virevoltent. Je le rassemble au pas pour préparer le galop dans lequel je commence par quelques exercices de rectitude en piste intérieure, recherche de cadence, puis transitions galop moyen/galop presque sur place en épaule en avant, je ne lui demande pas plus d’allongement que ce que je suis sûre de pouvoir ralentir à l’assiette sans qu’il charge, se creuse ou se traverse. Quelques apuyers, je remarque qu’il a changé son côté « facile » : les apuyers à droite qui ont toujours été fluides et glissants comme du beurre sont aujourd’hui laborieux et résistants. Ceux du côté gauche qui me demandaient toujours plus d’intensité dans les aides n’ont jamais été aussi fluides. J’augmente la difficulté : ralentir dans l’appuyer pour aller jusqu’à la pirouette, même remarque : étrangement facile à gauche, et perte d’activité à droite, son habituel côté facile. Les changements de pied isolés sont très corrects. Puis je tente de les rapprocher : aux 4 temps sur la diagonale. Puis les deux temps que je n’ai jamais demandé sur la diagonale,  je me retrouve alors face à un nouveau problème. Kelso qui était jusque là exemplaire, se mit à perdre tous ses moyens, chargeant, me sortant de la selle, de désunissant, n’attendant pas les aides, ou se décalant complètement sur le côté gauche sans vouloir changer de pied. Il avait perdu ses repères, et la diagonale ne le canalisant pas, son émotivité réapparut.
J’insistais plusieurs fois en vain aggravant la situation, avant de réfléchir et de conclure que le problème venait d’un manque de qualité dans le galop de base (rectitude surtout, impulsion et rassembler, équilibre donc) . Je remarquait aussi que je manquais de présence, oubliant que la descente des aides est une finalité et non un moyen, je renforçais donc la précision et la présence des aides, plus canalisé, plus enveloppé, et donc plus rassuré. Je change d’exercice afin de le rassembler en passant d’un appuyer à l’autre avec changement de pied, il est obligé de rester assis pour entamer l’appuyer suivant. Puis je redemande la diagonale pour ne pas rester sur une confusion, 6 changements aux deux temps comme je les imaginais. Il est remercié, je m’excuse pour mes erreurs, et le félicite de sa patience. Je sais que la prochaine séance sera l’objet du perfectionnement de la qualité du galop sans demander de changements rapprochés, « le problème n’est pas le problème », je sais aussi que d’ici là, une partie de mon esprit sera totalement occupée à analyser le pourquoi du comment, (pourquoi ce changement d’asymétrie, pourquoi cette dégradation du galop, qu’ai-je oublié, quand, comment y remédier…?), obsession de tout passionné.
Je me dirais tout d’abord que je pourrais insister, comme le montrent de nombreux cavaliers de dressage qui font répéter sans réflexion un exercice sur une résistance afin d’en venir à bout, ou bien que je pourrais mettre bride et éperons afin d’obtenir plus de respect aux aides, puis mes pensées s’évaderont bien heureusement vers d’autres moyens gymnastiques plus humbles et cohérents.

“Le dressage d’un cheval requiert une certaine dose de réflexion de la part du cavalier, réflexion  suivie de l’observation rigoureuse de l’état physique et mental du cheval afin de déterminer d’où proviennent certaines résistances. Les résistances sont vaincues non par une opposition de la part du cavalier mais par une gymnastique appropriée.”
Oliveira

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