JdD – Rituels (vidéo)

« Il y a deux façon de considérer l’équitation. La première est de chercher à créer des liens à vie avec un cheval. La seconde est de se limiter à le seller… » Pat Parelli

Kelso est seul, les installations et les craintes diverses ne permettent pas de pouvoir le mettre au pré avec des congénères bien qu’il soit hongre. Il est pourtant très sociable et souffre sûrement de cet isolement. Voy, jeune entier de 24 ans est plutôt chaud et impatient, pourtant il tolère de son compagnon de longue date, toutes les provocations. Très souvent, je les laisse être en contact afin qu’ils retrouvent un peu de compagnie équine, si vitale pour eux. Il m’arrive de me dire que si j’aimais vraiment les chevaux, je les laisserais vivre en troupeau au naturel, et je les observerais de loin. Je n’ai pas d’autre justification que mon égoïste passion pour l’art équestre. Je me rassure en pensant que les chevaux d’aujourd’hui doivent peut-être leur survie à nos sentiments d’admiration pour eux.

Aujourd’hui, j’essaye de lui montrer que je ne suis pas toujours le bipède qui vient l’épousseter, et l’emener courir ou se ployer sur des cercles en admirant son costume gris. Je sais que quelle que soit notre complicité, je ne remplacerai jamais la relation qu’il peut avoir avec un congénère. En l’imitant, je lui propose mes mains pour aller chercher quelques tensions musculaires, et masser les points douloureux, je le laisse pour cela totalement libre ce qui me permet d’instaurer un dialogue sincère. Ses réactions et ses regards sont autant d’indications précieuses sur l’appréciation de mes gestes. Nous ne ferons rien d’autre.

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3 commentaires

pour “JdD – Rituels (vidéo)”

  1. Bernard CHERU :

    D’accord avec toi, Emilie; les rituels avec nos chevaux sont importants!
    Je ne pénètre jamais dans le box de Jastero (PRE hongre, 13 ans) comme un cavalier indélicat: j’entr’ouvre la porte et me tiens sur le seuil, accroupi, à fixer mes éperons. Jastero vient alors flairer chaque côté de mon visage.
    Puis, je lui offre une pomme, comme si j’étais son invité.
    Ensuite, je gratte/masse son garrot et le départ de son encolure: il cale de lui-même son épaule -au cm près- face à moi pour que le point qu’il préfère soit stimulé.
    Sous l’effet du massage, il enroule complètement sa tête et son encolure en laissant frémir sa lèvre inférieure, ce qui trahit une réelle sensation de bien-être – Même opération de l’autre côté.
    Alors le pansage peut commencer avec un cheval d’une placidité complète.
    Cordialement,
    Bernard

  2. Ron Uribe :

    Bonjour, peut-être une troisième façon de considérer l’équitation, si l’on veut grouper dans ce terme toutes sortes d’activités liées à cet animal. J’ai envie de dire : A quoi bon ? A quoi bon lui infliger toutes ces souffrances sous la justification d’une passion ? Et cette passion, que représente t-elle ? Que place l’humain dans ce qu’il appelle sa passion, son amour des chevaux et que de crimes ne commettons-nous pas au nom de cet amour?
    Tout animal est en mesure de nous montrer notre suffisance, notre arrogance et notre ignorance, alors pourquoi pas le cheval ? Je pense qu’il est le meilleur maître dans ce domaine.
    Justifions-nous encore par cette quête, celle de chercher à créer des liens oui Monsieur Parelli, afin qu’il nous dise, afin qu’il nous montre en chaque occasion sa vérité, sa beauté, son amour. Afin que nous comprenions de mieux en mieux la misère d’être homme..

  3. Steph (et Nello, alias le grand Maître du jeu) :

    Moi j’appelle cela « l’étiquette ». Ce qui prête à sourire pour d’autres cavaliers moins « bisounours » que moi… Mais j’ai coutume de traiter mon cheval comme un lord britannique qu’on n’approche sans respecter un protocole. Celui-ci varie, parce que Nello change aussi tous les jours. Alors je me fais un devoir de l’attendre tous les jours, à chaque visite j’attends ses demandes, ses instructions. Je n’envahis pas. Parfois il bondit à l’entrée du box, ou, s’il était au pré, il enfonce le nez d’un geste impatient et brute dans le mauvais trou du licol, puis a l’air de me reprocher ma lenteur maladroite, et je réponds « que veux-tu, je ne suis qu’une humaine… », je m’excuse, et nous allons jouer. D’autres fois il a l’air somnolent, je l’attends, il m’adresse un regard doux et calme, qui semble me dire « je t’admets à côté de moi, mais ne travaillons pas aujourd’hui », alors je lui propose mes mains pour des massages, des gratouilles, et je me pose là tout simplement, lorsqu’il me dit « assez », je l’admire sous toutes les coutures en silence. Généralement ensuite il se réveille et vient me chercher, l’oeil vif, malicieux, me demandant ce que je vais lui présenter aujourd’hui.

    Mon vrai rituel reste de l’alerter de ma présence par des mots doux, et de l’attendre. Le 1er pas, il le fait. S’il ne le fait pas, je m’éloigne et fais une introspection pour comprendre pourquoi il ne me voit plus comme assez intéressante à son goût. Assez rarement, le problème est juste qu’il est un peu fatigué, ou malade. Le plus souvent je me rends compte que je me suis laissée embourber dans une routine lassante ou emporter par un enthousiasme gargantuesque tout aussi lassant. Alors je me fais pardonner en l’emmenant brouter, en le massant, et je repars sans lui avoir rien demandé. Et je mijote une jolie surprise pour la prochaine fois.

    J’estime que la vraie réussite d’un cavalier médiocre comme moi qui veut juste du loisir, c’est que son cheval soit toujours ravi de l’accueillir, et prêt à dire oui. Aussi lorsqu’on nous compare, Nello et moi, ensemble, à des « béni oui oui », je le prends comme un compliment. Pas de scènes de manège (ou de ménage vu que nous sommes rarement « indoor ») explosives, tant mieux. Parfois il a besoin de « crier » pour que j’entende. De moins en moins fréquemment, heureusement. Quand c’est le cas je me demande pourquoi diable ne hurle-t-il pas plus fort, pourquoi diable manifeste-t-il son désaccord, me montre-t-il que je dépasse les bornes, avec autant de douceur? Peut-être estime-t-il que son humaine maladroite et lente à en mourir a elle aussi besoin d’indulgence et d’un protocole progressif d’alertes… :)

    Tout cela pour dire (oui oui au départ j’avais un truc à dire de plus intéressant que ma petite vie équestre) que c’est génial de trouver un blog d’une dresseuse, une vraie cavalière (si tu me permets), qui écoute et respecte son cheval… Malheureusement je n’ai que rarement vu une telle écoute en chair et en os, peut-être deux, trois fois. Trois fois. C’est peu. Trop peu… Alors lorsque je vois que des gens doués et talentueux sont prêts à travailler dur pour atteindre certaines performances avec le cheval, en respectant sa nature, et en restant humble… j’ai juste envie de dire un grand bravo, et un grand merci…

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