[JdD] – Perfectionnisme (vidéo)

Je ne souhaite pas apprendre à Kelso certains airs que l’on demande aux chevaux tels que révérence, couché, assis, cabré, ces mouvements ne m’émerveillent pas,  mais c’est un goût tout personnel et je ne porterais pas de jugement dessus. Je sais que ma recherche se place ailleurs, dans l’obsession du geste juste, de l’amélioration des allures naturelles jusqu’au rassembler enrichie de la notion participative du cheval. Le geste juste serait celui qui n’use pas le cheval, lui permettant une expression corporelle artistique sur le long terme et d’embellir le cheval jusqu’à un âge avancé. Ceci obtenu grâce à une gymnastique lente et respectueuse, développant une une musculature appropriée et spécialisée, une souplesse pour acquérir l’élégance et la grandeur du geste, la facilité d’exécution, et une maîtrise de plus en plus subtile de l’équilibre. Pour cela le cheval doit être acteur, complice, et y trouver un certain confort, s’amuser à devenir beau. “Il faut donc tâcher que le cheval “croie qu’il est son maître” et qu’il n’attende pas nos efforts. Il faut qu’il agisse de lui-même d’après nos indications.” Beudant.

J’utilise la liberté par exemple pour faire piaffer le cheval, comme ultime preuve qu’il y est consentant, mais pas pour lui enseigner,  et si le mouvement se détériore, ma quête retournera à un travail classique et non à la répétition du mouvement libre qui amène parfois à des aberrations comme des chevaux dans un faux passage suspendu associé à une jambette unilatérale donnant au malheureux cheval un air d’animal boiteux plus que d’artiste élégant.
Chaque étape du dressage d’un cheval comporte des instants passionnants, aujourd’hui que Kelso a 13 ans et qu’apparaît une certaine forme de maturité et de savoir, j’apprécie de retourner aux gammes en me concentrant sur la minutie du détail, comme un travail d’orfèvre qui vise à améliorer toujours un mouvement déjà connu. Tel un danseur étoile où tout semble fluide, gracieux, facile, où la maîtrise parfaite de la force, équilibre et souplesse, a été travaillé des années durant, je souhaite que Kelso gagne en autonomie, en équilibre, en ampleur, en plaisir d’exécuter, qu’il développe son style et son âme artistique. Ce travail est infini.

Une fois les qualités du cheval développées, ce qui correspond à la première partie de son dressage afin de lui rendre les choses faciles, il s’agit de travailler sur ses faiblesses (asymétries, manque de force…) pour lui donner les moyens de s’exprimer seul.

Le travail actuel consiste donc, après les assouplissements indispensables, à perfectionner les petites choses en instaurant un dialogue afin de lui faire comprendre que je souhaite qu’il participe aux mouvements, qu’il en soit l’acteur, qu’il puisse les réussir seul sans soutien ni support de force, comme par exemple la difficile transition passage/piaffer/passage qui devient magique que lorsque le cheval y prend plaisir à se montrer savant. Pour cela il faut qu’il ait compris que l’exécution immédiate à la moindre indication et dans un maximum de majesté lui donner immédiatement le confort du repos, ainsi il jouera à chercher ce confort au lieu d’être une victime opposée et résistante par douleur et incompréhension. Le manque de force de Kelso le pousse à raidir la ligne du dessus et à lâcher la main dans le rassembler, ce qui est une fausse légèreté et limite la progression du geste. Pour Pierre Pradier, il lui manque cette quête du contact dans les airs rassembler, cette volonté du mouvement en avant permanente par la fidélité à la main, n’excluant par la légèreté bien entendu mais l’abandon. Nous avons étudié le problème récemment lors d’une rencontre fort sympathique avec Antoine Bancaud. Le cheval vient à la quête du contact sur la rêne extérieur et « entre en religion », tout se met alors en place, dos, contact, équilibre, lenteur, soutien, mais toujours difficile à conserver dans le piaffer/passage/pirouettes au galop. La sensation d’un cheval qui emmène toujours vers l’avant est divine, cela se traduit par un contact constant mais léger, une présence absolue traduite par une réponse instantanée à la moindre contraction fessière, plus besoin d’agir autrement que par la pensée, plus d’artifice, de mouvements parasites… La « centaurisation », sensation de ne faire qu’un, se rapproche toujours plus loin.

“Je veux un cheval énergique et en avant. Mais néanmoins mon équitation est basée sur la décontraction physique et mentale et l’absence de force, car tout ce qui est fait en force crispe, contracte le cheval. Le rassembler est basé sur la relaxation. S’il est basé sur la compression, ce n’est plus du rassembler.” Oliveira

Gagner en ampleur, fluidité d’un geste ou d’une transition, minimiser l’effort à fournir en développant la force spécifique à un exercice, « patience et longueur de temps », armes indispensable au travail sans artifice pour éviter, en portant le cheval par la main et en le poussant continuellement par les jambes d’en faire une machine inerte et dépendante, qui se laisse emmener (ou pas), absente, parfois même dissocié, le regard lointain et la mécanique qui pousse la masse toujours plus en avant.

Sur cette vidéo
Le travail consiste à essayer que Kelso garde la volonté du mouvement en avant en venant tendre ses rênes en gardant la propulsion arrière, c’est à dire en se  grandissant, le dos et le garrot montant, jusque la nuque qui vient avancer et permettre la flexion de nuque d’elle-même, tout en étant très lent et rassembler.
“Le contact, ce n’est pas prendre la tête du cheval, mais c’est le contact léger que le cheval prend parce qu’on l’envoie sur la main.”
Podhajsky
“On dit : “Poussez le cheval sur la main”. C’est une erreur. Ce n’est pas le cavalier qui impose le contact. C’est le cheval qui établit un contact moelleux, suite à des exercices appropriés.”
Oliveira
“C’est le cheval qui, par l’impulsion et l’engagement des postérieurs, doit venir chercher le contact.” Oliveira
Ce n’est que maintenant que Kelso peut supporter ce type de travail et l’arrondissement complet de l’arrière vers l’avant dans son ensemble, la force du dos, des abdos, des muscles de soutien de l’avant main, la propulsion, gagnée par le travail en extension d’encolure lui donne aujourd’hui les moyens de pouvoir se fléchir dans son ensemble. Il s’agit là d’une étape, le contact recherché étant franc, et à conserver dans les différents exercices comme la transitions pas/piaffer/pas. Une fois dans cette attitude, vient une réceptivité étonnante. Peut-il entrer dans le piaffer ou le galop quasi sur place avec le minimum d’aides, peut-il garder l’équilibre du pas sans changer de cadence, s’effondrer, courir ou se retenir ? L’ingrédient de base est de maintenir les postérieurs en ligne sans quoi il ne peut propulser son énergie jusque vers la nuque, pour cela je remets constamment les épaules devant les hanches (on voit bien dans un arrêt au début la hanche droite se décaler) et utilise le coin en épaule en dedans pour l’engagement du postérieur intérieur. La légèreté absolue dans cette attitude viendra plus tard, le fait de tirer sur sa nuque permet aux cervicales de ne pas s’écraser même dans cette rondeur maximale. On peut encore noter l’asymétrie de flexion de hanche entre le postérieur droit et le gauche qui a encore besoin d’être assouplit.
Travail au passage : essayer qu’il conserve cette allure qui ne lui est pas naturelle, recherche de lenteur toujours vers le contact.

“Et la main reçoit ce que l’arrière lui envoie. C’est le vrai contact.” Oliveira
“…c’est le cheval qui doit rechercher l’appui sur la main.”
Oliveira

 

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8 commentaires

pour “[JdD] – Perfectionnisme (vidéo)”

  1. Petra Nella :

    Très belle recherche du naturel, du mouvement juste, de gestes délicates, de harmonie… de connivence. Un plaisir, un enrichissement pour moi de suivre ainsi votre cheminement. La musique accompagnant la vidéo est sublime, les différents arts se rejoignant ici. Je connais le nom des deux artistes equestres, quel est le nom du morceau et de l’artiste musical choisi ? MERCI!

  2. Emilie :

    Merci Petra, la musique c’est « U Plavu Zoru » de Pink Martini

  3. Julie :

    C’est très beau à regarder !bravo

  4. Cavalequit :

    Bonjour,
    l’article me parle totalement, je suis exactement dans la même quête et ne recherche pas non plus tout ce qui est « cirque ».
    Pour la vidéo, j’ai pris énormément de plaisir à la regarder, c’est vraiment très propre, très mesuré, vous faites un superbe couple.
    J’ai quand même des questions sur le galop, je ne comprends pas très bien ce que tu recherches dans tes foulées quasiment sur place, on voit le postérieur externe qui est hésitant et Kelso semble partir plutôt de devant que de derrière… Qu’en penses-tu?
    Au plaisir de te lire, même si le site met un temps fouà s’afficher, je serai patiente ça vaut le coup ^^

  5. Emilie :

    Merci pour ton commentaire,
    effectivement Kelso au galop est limité dans son geste, il manque de rebond et de propulsion, de flexion des postérieurs qui restent droits et restent un peu figés car dans ce petit manège, je ne peux exploiter l’utilisation des transitions avec des allures plus soutenues, du coup en partant du pas rassembler il fait de petits pas. De plus à cette époque, je suis enceinte de 5 mois et ne développe pas non plus l’activité pour éviter les secousses ! Mais pas d’excuse, je trouve que le commentaire de Kathy Amos Jacob (juge international) est également juste et intéressant : « … attention a garder ton rythme après tes mobilisations ou piaffe en avançant, il perd un peu son impulsion…. »

  6. Cavalequit :

    D’accord! Encore à cheval à 5 mois! J’ai été moins téméraire, je suis à bientôt 7 mais j’ai arrêté à 3! Cela dit c’est très dur, je vis ça comme un sevrage ^^
    J’ai parcouru ton site dans le détail et vraiment j’espère parvenir un jour à une telle qualité de dressage avec mon jeune. Seulement mon challenge est d’essayer d’aller le plus loin possible sans mors. Pas que je sois anti-mors, ce n’est pas le cas, mais je me pose pas mal de questions auxquelles je voudrais des réponses…
    J’ai exposé ça sur cet article : http://estellequestre.wordpress.com/2012/02/22/dresser-sans-mors-1/
    Je serais vraiment très intéressée par ton avis à ce propos, si jamais tu as un moment, car je pense que de part ton expérience avec Kelso tu as tiré pas mal de conclusions sur l’approche équestre que tu estimes la mieux adaptée…
    Je ne veux pas faire de bêtise majeure avec mon jeune, mais pas non plus être frileuse au point de ne pas tester des choses :)

    Au plaisir de te lire

    Estelle

  7. Emilie :

    Hello
    Si par « sans mors » tu entends en licol, je pense qu’il y a très assez peu de différence entre le dressage d’un cheval avec ou sans mors. Par contre, si c’est en liberté totale ou en cordelette, je pense que c’est une réelle prouesse mais il risquerait de manquer certains ingrédients pour un objectif d’équitation classique. Le licol reste un moyen de contrainte agissant à priori sur le chanfrein et la nuque plutôt que sur la bouche, mon vieux cheval Voy y est plus sensible que le mors. Je ne sais pas si c’est pour autant plus doux, par rapport à une bonne main ou à la sensibilité du chanfrein, la finesse de la corde…
    Il est tout à faire possible de « dresser » à tous les airs un cheval en licol, ce doit être une belle expérience, mais je me pose la question sur toute la première partie du travail d’un jeune cheval qui, en équitation académique tend à chercher tout d’abord un contact idéal c’est-à-dire constant, élastique, léger. En fait, la question serait quelle est l’utilité du mors dans le parcours de dressage académique d’un cheval, puis comment la substituer au mieux ?
    L’équitation classique place son objectif dans l’amélioration des allures naturelles du cheval, en l’exerçant doucement par une gymnastique ordonnée et progressive afin de lui donner les moyens musculaires et ligamentaires de porter le cavalier, gagner en équilibre, cadence et souplesse afin que les mouvements de déplacement soient faciles et fluides pour le cheval avec un minimum d’ effort pour le cavalier, et ce jusqu’à l’art où le tout est sublimé. Le dressage reste une contrainte que ce soit avec ou sans mors, il faut à un moment soumettre le cheval à des mouvements dont il se serait bien passé. Certains n’étant pas naturels comme le déplacement latéral dans le pli du mouvement (appuyer, hanches en dedans). Je ne doute pas que dans des mains très habiles l’on puisse obtenir des choses étonnantes comme cette extension d’encolure sans filet.
    http://www.connivence.org/gymnique-du-cheval/portrait-aude-et-nelimere-561. (est-elle passée par le mors avant ?).

    La plus grande difficulté dans cette recherche serait donc pour moi, la notion de contact si important dans l’équitation académique (Podhasky, Steinbrecht, Oliveira, Decarpentry…), relié à celle de l’impulsion, de rassembler, de vrai légèreté.

    “Le cheval va intégrer progressivement que pour pouvoir se mettre en attitude, il doit impérativement prendre le contact, que tout mouvement débute par cette obligation et se poursuit par cette recherche. L’impulsion elle-même va se traduire par cette quête du contact. Une des plus importante nécessités du dressage est mis en place : la fidélité à la main.” Pradier
    « …le concept d’impulsion est inséparable de celui de l’appui correct… » Steinbrecht
    “…la nécessite absolue d’obtenir du cheval un appui correct, d’où résulteront les progrès constant de son rassembler. Appui et rassembler consituent un objectif lointain, mais que le cavalier ne doit jamais perdre de vue, ne jamais oublier en abordant des exercices nouveaux.” . Podhajsky
    “…la constance du contact entre la main et la bouche ne porte en rien préjudice à la légèreté dont elle suppose, au contraire,le facteur le plus nécessaire : l’impulsion.Mais le contact peut être si ténu, la bouche peut le conserver avec une telle absence de résistances, qu’il ne suppose aucun effort; il indique seulement au cheval qu’il ne doit pas laisser son centre de gravité et l’impulsion s’écouler en avant.”. Saint-phalle
    « L’engagement de l’arrière-main s’obtient par le rassembler, le recul du poids par le relèvement de l’encolure et de la tête. Mais l’un et l’autre ne sont possible que si le cheval est appuyé sur la main et est droit d’épaules et de hanches. ». Podhajsky

    La première quête semble que le cheval puisse aller à la recherche de la main, s’y appuyer fidèlement, et légèrement afin de créer ce fil subtil qui relie le corps du cavalier à la bouche du cheval. Cette étape est souvent occultée, et l’on voit la plupart du temps soit une main qui prend la bouche et impose au cheval une attitude d’encolure contrainte soit une main instable qui ne laisse pas au cheval l’élasticité d’un contact et le laisse dans le vide, flottant dans une fausse légèreté puisque sans impulsion… Rappel d’Oliveira : « La rêne en guirlande (qui est la poésir de l’équitation) c’est-à-dire le poids du cuir, le chevall en arrière de la main et devant les jambes, cela n’est réalisable qu’avec un cheval mis et un cavalier hors du commun et si le cheval reste dans la position, dans la légèreté.”, “la grande erreur sur la légèreté c’est d’avoir des rênes flottantes avec un cheval qui n’est ni rond ni impulsionné. Ce n’est pas de l’équitation, c’est de la promenade. On ne peut rendre que si le cheval est rond et impulsionné.”

    Pour Saint-Phalle, La vraie lègèreté “… consiste dans la délicatesse avec laquelle le cheval soumis et tendant sans cesse au mouvement en avant, prend contact avec la main pour lui demander, en quelque sorte, la permission de passer. Si les doigts cèdent, l’encolure s’allonge, le centre de gravité avance, l’allure s’étend; s’ils résistent, le cheval reste moelleusement fléchi, courbé sur la main, prêt à se détendre dès qu’elle ne s’y opposera plus, tel le ressort élastique et fin qu’une force imperceptible suffit à tenir tendu, mais qui se débande instantanément dès qu’elle disparaît. Cette tendance continuelle du cheval à de détendre différencie à première vue la vraie légèreté de la fausse; elle n’est autre chose que l’allant, autrement dit, l’impulsion naturelle ou acquise.”

    D’où ma question, comment retrouver cette notion d’appui et de contact avec un licol, celui-ci n’étant pas fixe au niveau du chanfrein, entraînant alors un frottement au-delà du manque de précision qui finirait par devenir irritant si le cheval venait à rechercher son contact sur cet zone, surtout si le licol est en corde fine. Car on peut facilement encapuchonner un cheval et contraindre les cervicales de la même manière qu’avec une action sur la bouche. Je pense pour ma part que je suis plus émue par un travail juste en mors avec une bonne main car cela témoigne d’une grande finesse et d’un grand art, malheureusement c’est si rare.
    Tiens-moi au courant de ta recherche.
    Emilie

  8. Cavalequit :

    Bonjour Emilie!
    Merci beaucoup pour ta réponse très complète :)
    Alors le licol en corde n’est pas spécialement un outil que j’apprécie, je pensais soit à un plat soit à un side pull à muserolle plate.
    L’idée étant justement d’avoir une certaine fixité et pas d’action « coupante » même si le cheval vient chercher le contact en s’appuyant.
    Je ne suis pas dans une démarche qui voudrait dire que je trouve le mors plus contraignant et le licol plus « gentil », j’ai juste envie d’explorer cette piste aussi loin qu’elle nous mènera.
    J’ai dans l’idée de mettre en place beaucoup de choses à pied et de les appliquer montées ensuite, une fois que les codes seront compris…
    Bon Vulkan a 2.5 ans, donc tu te doutes bien que nous pourrons en reparler d’ici quelques années! :D
    Mais d’emblée au débourrage il me faudra lui expliquer correctement le rôle du licol ou du side …
    Je voudrais le mettre aux longues rênes dans un premier temps, sur des bases mais des bases bien claires pour faciliter les premiers temps en selle…
    Petite question d’ailleurs :
    Quant Kelso avait 4 ans, tu le travaillais à quelle fréquence?

    Bonne journée

    Estelle

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