[JdD] – Hommage à un « cheval de brouillon »

1990 (3ans) - 2011 (24ans)

Petite entorse au journal de dressage de Kelso pour y rendre un hommage à un compagnon à lui, le petit Voy.
Voy est un entier de 24 ans que je regarde avec beaucoup d’admiration.
Lors de notre première rencontre il y a 21 ans, j’avais 11 ans et lui, 3. C’était un jeune cheval insolent, à demi-sauvage, qui démontait son box, lui qui n’avait jamais été enfermé.

1990 - 3 ans chez l'éleveur

Enregistré comme OI, Voy n’en a pas moins de belles origines, mais de l’époque où l’on cherchait de petits ibériques, guerriers, ronds et souples. De mère pure race lusitanienne, Guiza fille de Zool CN, et de la lignée des Cartujanos par le père, Quémador III. Voy ne mesure pas plus d’1m54 au garrot, c’est un petit cheval gris, très fin, cagneux, manquant de force mais très généreux. Entier très chaud et dominant qui, à peine était-il arrivé dans la “famille », s’est attaqué à l’étalon de l’élevage de Halfingers où il était logé. Combat d’étalons, traversée de route, atterisage dans un camping où plusieurs hommes réunis eurent du mal à les séparer.

1990 - 3 ans (avec Jacques Haillot)

Un fort caractère, près au combat, parfaitement adapté aux arènes, joueur et franc, Voy n’a peur de rien sauf peut-être des hommes, qui le malmènent de peur de son caractère entier. Néanmoins, Voy aime bien la petite fille qui vient régulièrement avec son Papa pour s’occuper de lui, essayer de le débourrer en mettant du miel sur le mors et le rend tout collant, trop petite pour l’agresser, que l’on peut envoyer s’écraser sur le pare-botte la première fois qu’elle osa se mettre à califourchon sur son dos.

1990 - Débourrage

Voy me faisait peur, les “professionnels” de l’écurie, eux, savaient comment s’en occuper, “il faut le castrer, tu n’y arriveras jamais, ce n’est pas un cheval pour une petite fille, il va finir par être dangereux”, ce qui lui valait toutes sortes de traitements disciplinaires.

1990 - 3 ans (débourrage)

Puis nous changions régulièrement d’écurie, de professeur, de méthode, Voy et la petite fille apprenaient ensemble, en le rejoignant le week-end en Normandie.

1991 - 4 ans (Voy, Jacques et Emilie)

Il était le reste du temps confié à des cavaliers d’obstacle et des élèves moniteurs, et servait aussi pour les leçons. Nous étions les propriétaires parisiens qui venaient les poches remplies de pommes, pot de graisse, shampoing et nouveau matériel. Influençables et dépendants, nous subissions les frais de notre ignorance et le cheval aussi. Seul Georges Malleroni au Portugal nous orientait réellement ainsi que le livre de chevet de Papa, les oeuvres complètes de Nuno Oliveira. Voy devint vite mon idole, mon modèle, ma référence, il est Le Cheval, celui qui inspire mes dessins, qui remplit mes cahiers, il occupe mon temps et mon esprit de petite fille… Compagnon de bêtises, de jeux, de solitude, de rêves éveillés. “Mais celui qui crée quelque chose en laquelle il croit véritablement, celui-ci est plus apte à supporter la solitude. Car sa création est sa compagnie.” Oliveira.
“…dans les commencement où j’ai exercer à cheval, je passais souvent des nuits sans dormir, les jours n’étaient jamais  venus assez tôt, les ocngés étaient d’une longueur insupportable, j’étais sans cesse à cheval, soit réellement ou d’imagination, c’était un tressaillement de joie lorsque j’approchais un cheval. c’était mon élément, mon tout enfin.”
Mottin de la Balme

1991 - 4 ans

1991 - 4 ans

Nous récupérions chaque week-end un « nouveau » cheval selon les expériences équestres du cavalier du moment. Nous eûmes droit à toutes sortes d’enrênements, lui et moi car je les subissais autant que lui, rênes fixes, élastiques, rênes allemandes, chambon, martingale, et toutes formes de mors : baucher, à aiguille, bride, doubles brisures, à jeu… le parfait cheval de brouillon. Mais une complicité nous unissait, la petite fille et l’étalon. Voy m’attendais, me reconnaissait, et avait confiance, nous jouions ensemble, je l’emmenais partout et écrivais dans les cahiers les grandes aventures de Vent d’Anjou (son vrai nom), comme la fois où, perdus dans la forêt de Maisons-Laffitte, lui 4 ans et moi 12, j’avais lâché les rênes en pleurant pour qu’il me ramène, il avait alors fait demi-tour du chemin que je lui imposais, avait coupé à travers les broussailles et était revenu sûr de lui au bon endroit.

1991 - 4 ans

1991 - 4 ans

1992 - 5 ans

1993 – 6 ans (démonstration à Alençon)

1993 - 6 ans

1994 - 7 ans

1995 - 8 ans

1995 - 8 ans

1995 - 8 ans

Lèves tes mains, baisse tes mains, recule tes jambes, au contact, plus comme ceci, moins comme cela, chaque nouvel enseignant spécialisé obstacle ou dressage, nous emmenait vers de nouvelles contradictions ce qui ne nous empêcha pas Voy et moi de gagner quelques épreuves D et C amateurs, bien que préférant toujours les grands galops dans la plaine et les petites barres à sauter.  Je lui appris à l’occasion quelques bêtises improvisées : le cabré,  le pas espagnol ou plutôt la jambette aléatoire et autres supercheries d’adolescente.
Voy eu assez tôt des tendinites à répétition, malmené par toute sorte de cavaliers, d’équitations et de disciplines, également de mauvais aplombs.

1999 - 12 ans

2000 (13 ans) - 1994 (7 ans)

Mon père et moi refaisions le monde chaque week-end et chaque vacances. Nous étions un trio passionnée et amateurs jusqu’au jour où un accident nous laissa seul Voy et moi.

1995 - 8 ans (avec Jacques Haillot)

Je décidais peu après de rapprocher Voy près de Paris, d’apprendre une équitation plus juste, plus en adéquation avec mes aspirations. Je débarquais chez Michel et Catherine Henriquet en été 2000. Voy avait 13 ans. il était dressé à la basse école et nous nous en sortions bien, légèrement flottant, ensellé, Voy faisait gentillement comme à son habitude les exercices qui animent les puristes, supportant mes exigences, mes impatiences. Voy n’est, après tout ce qu’il a vécu, jamais devenu rétif ni agressif, c’est un cheval remarquable.

2003 - 16 ans (article "enjeu les échos")

2003 - 16 ans

1991 (4ans) / 2004 (17 ans)

2004 - 17 ans

Je rêvais en arrivant chez ce couple dont j’avais passé mon enfance à découper les photos dans les articles de “cheval magazine”, d’apprendre les airs relevés comme ceux que je connaissais sur les chevaux dressés de Georges, il est un monde entre le fait de monter un cheval dressé et celui de le dresser soi-même!. Quelle ne fut pas ma déception de m’entendre répondre que mon cheval était une caricature « billardante » du cheval ibérique, petit cheval au genou relevés, au dos creux et à l’encolure d’entier, à la mise en main résignée… que je pouvais m’assoir gentillement sur mes espoirs naissants, que le cheval était trop vieux et la cavalière trop ignorante pour aborder la haute école.

2003 - 16 ans

J’y restais 8 ans. M’acharnais seule dans mon coin à le travailler à pied. Finalement, Voy passagea très bien, d’un passage de cheval artiste, lent, relevé, élégant, il y était à l’aise puisque cela le mettait en valeur lui qui aimait se montrer fier et altier, il se plaisait dans son air. Passage en appuyer, en épaule en dedans, généreux et souple, je me régalais.

2005 - 18 ans

La laxité de ses articulations est surprenante, la facilité de certains exercices aussi : passage, appuyers, reculer comme dans du beurre. Pas contre, manque cruel de force et piaffer plat, galop compliqué, changements de pied en deux temps, pirouette “zébulon”… Je serais curieuse de l’avoir aujourd’hui à 3 ans. Mais Voy avait vécu tant d’année enfermé derrière la main à essayer de se soustraire aux instruments métalliques inutiles qu’il resta difficile à tendre, à garder droit et cadencé. Les bases n’y étaient pas et à 15 ans, les multiplicités de tendinites eurent raison de son tendon : calcifications adhérence, “ il sera boiteux à vie”.

2006 - 19 ans

2009 - 22 ans

Je le gardais près de moi, à aller tous les jours au pré, mais le petit Voy n’avait pas dit son dernier mot et il se présentait comme un jeune homme au grand galop du fond du paddock. Je décidais donc de le remonter régulièrement dès qu’il le sentirait.
Le pt’it chval blanc, “tout derrière et lui ,devant”.

2009 - 22 ans

2009 - 22 ans

2009 - 22 ans

2010 - 23 ans

Exercice d’assouplissement et de conservation du troisième âge, nous reprenons les bases. Voy est un vieil ami, qui n’a pas prit une ride, toujours aussi joueur, chaud, souple et vaillant. Il sait me dire ce qu’il veut, je comprends en arrivant si l’abreuvoir ne marche pas, ou s’il a mal quelque part, c’est un cheval qui parle avec son énergie vitale, son regard en est le témoin.
Alors autrement qu’un hommage à un « cheval de brouillon » comme on me l’a un jour désigné, je préfère remercier un compagnon de plus de 20 ans d’amitié, une force de la nature, un grand Cheval dans toute sa splendeur.

2011 - 24 ans

Flux RSS des commentaires

6 commentaires

pour “[JdD] – Hommage à un « cheval de brouillon »”

  1. Karine :

    Beau cheminement : total respect !!!

  2. Hodiesne :

    Une belle histoire, fait lui une caresse de ma part. :-)
    C’est comme ca que l’on doit les aimer.
    Th.

  3. Alex :

    :’)
    C’est tellement beau!
    J’adore la façon que tu as d’écrire tes articles, mais surtout l’honnêteté avec laquelle tu aborde tes sentiments et tes émotions!

  4. Kelly :

    C’est vraiment magnifique, une histoire époustouflante. C’est vraiment magnifique. Une tres tres belle relation :)

  5. Sébastien :

    Curieux, cette attitude des Henriquet, et ce n’est pas la première fois que j’en entends parler de cette façon. Et j’ai du mal à comprendre cette volonté de « flinguer » les chevaux des élèves. :-/

    Cette histoire est très touchante, et je crois qu’elle ne peut que rappeller des souvenirs à toute personne qui aura eu un attachement émotionnel profond durant une longue période.

  6. marie :

    une bien belle histoire en tout cas!

Laisser un commentaire