JdD – allures naturelles

J’emmène Kelso sellé sur la carrière, et commence par l’observer en longe, au licol éthologique. Tout d’abord, pour les vingts minutes de pas, alternance de lignes droites et grands cercles, je le laisse d’abord marcher à son rythme, il est engourdi et ralentit sur le cercle, plus facile ! On ne peut pas être élastique et frais après 20 heures d’incarcération.
L’exercice de la longe nous a été affiné par l’enseignement de Jean-Louis Sauvat, pour qui cette première étape est très importante et ne doit pas être négligée ni hasardeuse. L’alternance du cercle et de la ligne droite, en répétant rarement deux cercles de suite, est l’intérêt du système qui permet d’éviter que le cheval ne mette à se coucher sur le cercle ou à s’y fatiguer. Il est obliger de de redresser puis de recommencer à se ployer et ainsi de suite, les muscles se préparent ainsi doucement.
Au bout de 10 minutes de pas, je lui demande un peu plus d’activité et d’amplitude tout en restant relâché, le plus difficile pour Kelso. Enfin le pas ondule et s’agrandit, je raccourcis les cercles qui deviennent des voltes. Volte, ligne droite, volte, ligne droite… puis grande cercle ligne droite. Tout l’enseignement de Jean-Louis Sauvat est basé sur ces principes d’alternance de mouvements que l’on répète dans le calme et sans force, le cheval se dressant ainsi tout seul. Que ce soit à la longe, au travail à pied ou monté, du mouvement simple jusqu’aux airs savants, sur un cheval jeune ou dressé, les enchaînements doivent être aussi fluides que les gestes du Taï Shi.

“Agir soi-même le moins possible et laisser le plus possible le cheval agir de lui-même, parce que d’instinct, il sait mieux que son cavalier obéir aux lois de l’équilibre.” Beudant

Kelso a été dressé sous l’oeil vigilant, les conseils au mieux bimensuels, parfois plus éparses de Jean-Louis Sauvat depuis l’âge de ses 6 ans. Nous avons encore beaucoup de chose à apprendre, surtout le cavalier qui semble avoir bien plus de mal à changer ses habitudes que l’animal. Voici donc plus de 6 ans, que la technique du maître, associée à d’autres expériences enrichissantes, nous amène progressivement vers l’aboutissement de l’art équestre : l’amélioration des allures naturelles du cheval.
L’intervention de Pierre Pradier à ce stade, par des exercices ciblés sur les faiblesses du cheval, lui ont fait gagner en force, en amplitude, en franchise, impulsion permettant au cheval de progresser encore dans sa locomotion.

Le trot est aussi calme et rebondi, je n’oublie pas de féliciter chaque belle intention, Kelso est toujours soucieux de bien faire, attentif au moindre geste, mouvement de main, son de voix qui lui indiquerait mon appréciation. Je ne mets pour ma part jamais d’enrênements.

“Priver le cheval de la liberté de son encolure, c’est rendre impossible les oscillations qui règlent l’harmonie des mouvements.” Decapentry

J’observe l’animal qui prend le galop à main droite alors que je proposais doucement le trot, le trot à main droite sur le cercle lui est difficile suite aux problèmes d’arthrose cervicale. Je le laisse faire et suis étonnée de la qualité du galop : Kelso a gagné en rebond, l’engagement du postérieur intérieur s’est amélioré ainsi que le mouvement tout entier, il est ample, gagne du terrain dans sa foulée et reste lent. Je me régale.
“ C’est dans la Nature comme dans le meilleur livre, que nous devons aller prendre cette idée du beau…”
Dupaty de Clam
Ce n’est pas un cheval aux allures exceptionnelles mais il s’améliore régulièrement et bien qu’un oeil habitué à la locomotion allemande le trouverait peu intéressant, je vois pour ma part l’évolution étonnante de ses mouvements depuis 8 ans.
Une fois libre les informations sur la qualité et la justesse du travail effectué tombent, l’ai-je amélioré, l’ai-je dénaturé ?

“ L’école classique exige plutôt que, malgré tous les exercices difficiles, les allures naturelles de chaque cheval soient non seulement conservées, mais encore améliorées par un travail qui multiplie ses possibilités physique.” Decapentry

“Le cavalier ne doit jamais perdre de vue que son travail n’est juste que si non seulement il conserve au cheval son allure naturelle, mais encore l’embellit.”
“…la beauté de son cheval lui apparaîtra comme un don divin, et il se gardera de se perdre en la recherche de subtilités futiles, sachant que la nature peut fort bien se passer de l’art, tandis que l’art, à la longue, ne subsistera jamais hors de la nature.”
Podhajsky

Je note aussi : jarret gauche à surveiller, transition trot/pas à parfaire.

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2 commentaires

pour “JdD – allures naturelles”

  1. Sego :

    Bonjour Emilie,

    En lisant ton billet, cela m’a fait pensé à cette vidéo que j’ai vue il y a peu de temps et qui m’a incitée à changer ma façon de longer (comme tu le dis, notamment alterner cercles et lignes droites, et essayer de ne pas lasser) :
    http://youtu.be/sA8bmMeUyZ0

    Peut-être la connais-tu déjà ?
    Qu’en penses-tu ?

    Je trouve les allures rapides, mais le principe d’alternance de mouvements me paraît intéressant et plus complet que ce que l’on a l’idée de faire en règle générale…

  2. Emilie :

    Oui, sympa, on y retrouve beaucoup la méthode Parelli dans le relationnel, et le cheval n’est pas contraint, totalement connecté, c’est agréable à regarder. Le cheval est tel quel le plus naturel possible et dans ses allures ; l’art après serait de les sublimer. Merci pour cette vidéo que je ne connaissais pas.

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