[JdD] – À l’unisson

Après 4 jours de paddock où je n’ai pu me déplacer pour le voir, j’emmène Kelso au manège pour répéter notre séance de mouvements libres en liberté où je me régale à l’observer. Mais « quelque chose » l’anime de façon différente. Le voilà rapidement incontrôlable, paniqué, ventre à terre, désuni, s’emballant sans raison apparente. Il ne comprends plus mes indications pourtant habituellement si évidentes pour lui, il monte en pression, semble perdu, les naseaux soufflants bruyamment, le regard blanc,  je dois insister pour qu’il s’approche, lui qui préfèrerait fuir. Puis j’arrête de le rappeler à moi pour le calmer car cela ne marche pas, je le laisse courir en restant immobile au milieu, sans même me retourner pour le suivre du regard. Je réfléchis pendant que lui continue sa course folle. Je ne trouve pas la raison de son émoi mais constate inactive le triste sort qu’il s’afflige. Cadence excessive, amplitude raccourci, signaux d’un cheval dont l’émotion démesurée domine le mouvement. Pas de vent, pas de froid, pas de bruit, pas de changement aux habitudes…

Je cherche « plus loin », et réalise que mon immobilité n’est qu’apparente, car mon coeur bat aussi vite que le sien en plein galop. Je prends conscience que je suis le centre du cyclone, responsable de l’énergie violente engendrant l’instabilité et tourbillon, comme l’atome désordonnant les électrons qui s’emballent en tous sens. Mon propre stress non conscientisé lui est apparu de plein fouet comme incohérent par rapport à ma joie de le revoir et d’être à la campagne après quelques jours parisiens, chargés de pollution agressives, de bouchons, et d’un contexte quotidien d’agence de com exigeant créativité et performance. Stress que je croyais avoir laissé de côté pour aller le voir. Je suis le catalyseur et lui le « précipité » semble vouloir me faire comprendre mon miroir Kelso. Cette situation me rappelle certaines descriptions dans « Le Tao du cheval » de Linda Kohanov. J’essaye alors de respirer, de me recentrer car la cause n’était pas extérieure. Tout juste après avoir pris conscience du reflet, mon miroir se mit à mâchouiller, à se détendre et à revenir dans le calme à la compréhension subtile de mes propositions, « pas, trot,galop, doucement, change de main, recule… ».
De mon côté, je baille et ai la sensation de sortir d’une séance d’ostéopathie ou de shiatsu. L’animal ne demanda pas d’honoraires.

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2 commentaires

pour “[JdD] – À l’unisson”

  1. orianne :

    Magnifique texte, comme tous les autres. Celui-ci me touche d’autant plus qu’avant d’arriver à écrire quelque chose de la sorte il faut avoir réalisé une énorme prise de conscience, accompagnée d’une remise en question, que seuls peu de cavaliers parviennent à faire. Le cheval, miroir de nos émotions. Si beau mais si difficile à comprendre et à admettre…
    Merci.

  2. Fanny :

    Merci pour ce partage qui me parle tant… :)

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