Conférence « l’équilibre par le déséquilibre »

Merci à Ségolène d’Herbecourt d’avoir organiser ces rencontres d’un autre genre auprès de Francis Rebel et Françoise Fromet au Haras de Folleville (91) et de m’avoir permis de m’exprimer sur le sulfureux sujet de « l’extension d’encolure ».

J’ai pu en amont attirer l’attention sur l’importance du respect de l’inné locomoteur concernant ici l’attitude postural du complexe tête/encolure, grâce aux études scientifiques rapportées entre autre par Hilary Clayton dans « Equine Locomotion » … qui met en avant les modifications physiologiques en fonction des contraintes imposées au balancier (niveau de cortisol dans le sang et la salive, résistance respiratoires intrathoraciques, composition associée des gaz du sang, comportement, mécanique du dos…) avec pour ce qui nous intéresse, au-delà du stress induit par une attitude non conforme, une conclusion à priori évidente : « contraindre et restreindre la position et le mouvement de la tête et de l’encolure altère le mouvement du dos et donc de toute la locomotion du cheval ».
[ Je rappelle qu’ « altère » a une composante négative : « changer en mal » dans le dico. Et comme on peut le constater en live, la contrainte mécanique et l’absence de progression dans la cadence, l’attitude,  la propulsion ou le rassembler - soyons honnête (cf épreuves jeunes chevaux) -  engendre inexorablement mais plus ou moins prononcé selon les morphologies : pas latéralisé, trot désynchronisé (dédiagonalisé) avec élévation parfois spectaculaire des épaules et membres antérieurs avec retard/absence d’engagement pour ne citer qu’eux… Ces modifications de la locomotion, loin d’être pénalisées sont recherchées et permettent de gagner des points et de rentrer dans le moule du cheval " sportif ". Nous nous sommes écartés de la modeste et respectueuse recherche d’amélioration des allures naturelles pour aller au-delà, et créer des allures artificielles (le « trot is money » de Pierre Pradier) dénaturées mais commerciales. Cela pourrait s’arrêter là, mais il ne peut y avoir dégradation des allures naturelles sans douleur, souffrance, et troubles dérivés : ulcères, tendinites, atteinte du suspenseur du boulet, tics, rétivité... ou de manière plus invisible et silencieux un stress permanent.]

Je poursuis avec le rappel de la notion de fibre neutre (axe où les contraintes sont minimales) pour la colonne vertébrale, d’où la nécessité de prendre le temps de muscler la sangle abdominale, pour que le cheval puisse nous porter aussi longtemps que possible sans douleur ni contraction, éloignant lombalgies, dorsalgies, arthropaties, kissing spine… et ce juste en orientant l’encolure de manière plutôt horizontale et surtout, bout du nez vers l’avant (conforme à l’inné… blabla), le contact de l’arrière vers l’avant et que de l’arrière vers l’avant, ce qui est plus rare qu’un cheval borgne. (#et tout le monde s’en fout).

Enfin, zoom sur « l’Extension d’encolure paroxystique », comme exercice d’assouplissement, d’étirements actifs, complémentaire à tout type d’effort et discipline spécialisée permettant un geste sportif plus souple, plus ample, plus performant, une bonne oxygénation musculaire, une meilleure circulation…blablabla, mais aussi de rééducation fonctionnelle avec ses avantages et ses inconvénients, ses contre-indications et ses conditions de mise en œuvre (contrôle de la cadence, permanence du contact de l’arrière vers l’avant, angle tête-encolure ouvert…). Je me suis permise de résumer ainsi la Chose :  « exercice d’assouplissement musculaire et articulaire et de renforcement musculaire qui utilise les bienfaits de la réorganisation fonctionnelle provoquée par le déséquilibre longitudinal de la mise en attitude encolure basse + angle ouvert + cadence contrôlée. L’équilibre par le déséquilibre en somme ».

Alors, des p’tits dessins, p’tites photos et vidéos pour expliquer pourquoi et comment Elle (la chose) améliore le rassembler, l’engagement, l’équilibre, la cadence, le rebond, l’amplitude, la légèreté, l’amortissement des membres antérieurs, la souplesse, la rectitude, la symétrie, la propulsion, l’impulsion, la décontraction, l’élasticité, la proprioception… grâce à son action mécanique et synergique sur l’ensemble des chaînes myofasciales, au travail accru de l’ilio-psoas, de la sangle scapulaire, de la sangle abdominale, à l’assouplissement en flexion des articulations de l’arrière main dont lombo-sacrée, sacro-iliaque, coxo-fémorale, aux étirements des m. juxtavertébraux (posturaux profonds) et épi-axiaux,  au travail en contraction excentrique de nombreux muscles dont le fessier moyen et erector spinae, l’augmentation de l’amplitude des mouvements en latéro-flexion, flexion et rotation de toute la colonne vertébrale, la libération des endorphines… En gros des pilates pour les chevaux comme l’a justement fait remarquer un participant…

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2 commentaires

pour “Conférence « l’équilibre par le déséquilibre »”

  1. floriane weyrich :

    Merci pour cet article! Je me sens très isolée ici (Californie), le sentiment d’etre a contre courant du « dressage » local en utilisant cet exercice. Des résultats frappants, des chevaux qui prennent le contact (back to front for real, with an open throatlatch), des toplines qui se developpent, et des foulées qui se libèrent. Par contre, je me prends beaucoup de critiques bien sur. Y a-t-il de réelles contrindications pour certaines conformations, etc? Merci encore. Floriane

  2. Emilie :

    Merci pour votre message, il n’y a pas qu’en Californie que l’on est considérer comme un saumon ! Je ne pense pas qu’il y ait de contre-indication suiant des conformations, bien au contraire, plus le cheval est déséquilibré et sur les épaules, plus cet exercice lui sera profitable s’il est pratiqué dans la lenteur, avec cadence et contact permanent, égal sur les deux rênes et de l’arrière vers l’avant. Car il améliorera de manière très efficace l’équilibre qui lui fait défaut en développant sangle scapulaire, chaîne abdominale, ilio-psoas… Par contre il est à déconseiller aux chevaux qui n’ont pas terminé leur croissance articulaire et osseuse (donc pas trop longtemps avant 6 ans), aux problèmes de tendinites, troubles ostéo-articulaires aux antérieurs, bien que certaines ostéites et maladies naviculaires soient résolues en libérant le plexus brachial (carrefour des fascias, circulation lymphatique, sanguine, nerfs… )et donc en les travaillant dans cette posture.

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